« Papa, j’ai rêvé que tu étais mort »
Je n’ai pas encore bu mon café que ma fille m’assène cette information des plus troublantes. Attendez de voir la suite.
« C’était un cauchemar. On était dans la voiture, toi, maman et moi. Et on a été attaqués par des loups, et des chiens aussi. J’avais très peur. C’était horrible. »
« Ce n’était qu’un mauvais rêve, mon cœur. Je suis bien vivant. »
« Et puis maman et moi, on est restées vivantes. Mais toi, tu es mort. »
Bon. J’avoue que j’étais un peu sonné. Mais il fallait faire bonne figure.
Ce n’est pas tous les matins qu’on se découvre mort dans le rêve de sa fille de presque cinq ans. Pourquoi moi ? Pourquoi pas sa mère ? Ça veut bien dire quelque chose. Forcément.
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Alors j’ai fait ce que tout parent moderne, lucide et légèrement paniqué ferait : j’ai demandé à ChatGPT. Puisque c’est désormais lui qui nous sert de psy, mais sans les 400 dirhams en cash à glisser en fin de séance dans un cabinet sombre sis quartier Racine.
Je lui ai donc posé la question, très sérieusement :
« Ma fille de presque 5 ans a fait un cauchemar dans lequel elle, sa maman et moi, avons été attaqués dans la voiture par des loups, et je suis le seul à être tué dans ce rêve. Qu’est-ce que cela signifie ? »
La réponse, contre toute attente, était plutôt rassurante.
À cet âge, m’explique-t-il, les loups ne sont pas des animaux mais des peurs primitives, floues, sans visage précis. La voiture représente la cellule familiale, cet espace clos où l’on est ensemble mais sans réel contrôle. Et moi, le père mort du rêve ? Pas un mauvais présage, encore moins un désir inconscient. Au contraire. Dans l’imaginaire de l’enfant, le parent — souvent le père — est le protecteur ultime. Celui qui prend le danger à sa place. Mourir dans le rêve, ce n’est pas disparaître : c’est absorber la menace pour que les autres soient saufs.
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Autrement dit, je ne suis pas la victime. Je suis le bouclier.
Voilà qui est rassurant. Ou presque.
Mais au-delà du cauchemar, je découvre surtout une nouvelle facette de Tilila. Elle rêve. Comme nous. Et ses rêves peuvent être durs. Jusqu’à convoquer la peur, les monstres… et même la mort. Mais que peut bien signifier la mort pour une enfant de cet âge ? Est-ce une absence ? Un long sommeil ? Une image sans contours précis ?
C’est une question à laquelle, moi-même, je ne saurais répondre clairement. Et je redoute déjà celle qu’elle ne tardera sans doute pas à poser :
« Papa, est-ce que tu vas mourir ? »
J’espère qu’elle la posera le plus tard possible. Le temps que je prépare ma réponse. Parce que pour répondre à un enfant, il ne suffit pas de savoir. Il faut surtout apprendre à dire les choses sans faire peur. Et ça, manifestement, même ChatGPT ne l’enseigne pas encore.
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