Cette phrase déplace radicalement le regard. Elle ne cherche pas à expliquer les comportements, mais à remonter en amont. Là où l’on pointe trop souvent le symptôme — l’addiction, la dépendance, la compulsion — Gabor Maté invite à interroger la cause profonde : la souffrance qui précède.
Médecin et penseur du trauma, il ne nie ni la responsabilité individuelle ni les dégâts réels de l’addiction. Il rappelle simplement que l’on ne soigne jamais durablement ce que l’on ne comprend pas.
L’addiction comme réponse, pas comme origine
Dans l’approche de Gabor Maté, l’addiction n’est pas une déviance morale, ni un simple manque de volonté. Elle est une tentative d’adaptation. Une stratégie — souvent inconsciente — pour apaiser une douleur émotionnelle ancienne : insécurité affective, trauma, manque de reconnaissance, sentiment d’abandon.
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L’objet de l’addiction importe finalement moins que la fonction qu’il remplit. Alcool, drogue, écrans, travail, nourriture, contrôle : tous peuvent devenir des anesthésiants psychiques lorsqu’ils offrent, même brièvement, un soulagement.
La douleur invisible
La douleur dont parle Maté n’est pas toujours spectaculaire. Elle peut être silencieuse, banale en apparence : un stress chronique, une honte intériorisée, un sentiment diffus de ne jamais être « assez ». Des blessures parfois anciennes, parfois précoces, qui n’ont jamais trouvé d’espace pour être reconnues.
Dans cette perspective, l’addiction n’est pas une faiblesse individuelle, mais le langage d’un corps et d’un psychisme qui cherchent à survivre.
Sortir de la logique de culpabilité
En posant la question de la douleur plutôt que celle de l’addiction, Gabor Maté rompt avec une approche punitive ou culpabilisante. Blâmer un comportement sans écouter ce qu’il exprime revient à renforcer la honte — l’un des moteurs les plus puissants des conduites addictives.
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Cela ne signifie pas excuser tout, mais comprendre avant d’agir. La guérison ne commence pas par la suppression du symptôme, mais par la reconnaissance de ce qui a rendu ce symptôme nécessaire.
Une lecture plus large de nos dépendances modernes
Cette citation dépasse largement le champ des addictions classiques. Elle éclaire aussi nos dépendances contemporaines : surcharge de travail, hyperconnexion, quête permanente de validation, consommation compulsive d’informations ou de distractions.
Derrière ces comportements, une même question affleure : qu’essayons-nous d’éviter de ressentir ? Quelle fatigue, quelle solitude, quelle peur cherchons-nous à ne pas entendre ?
Soigner la douleur, pas seulement le comportement
La proposition de Gabor Maté est exigeante. Elle suppose de ralentir, d’écouter, de créer des espaces où la parole et les émotions peuvent exister sans jugement. Elle appelle aussi à une responsabilité collective : une société qui génère du stress chronique, de la précarité émotionnelle ou de l’isolement fabrique mécaniquement des formes d’addiction.
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Traiter la douleur, c’est repenser l’éducation, le rapport au travail, au temps, à la performance, au lien.
Une phrase comme boussole
Cette phrase agit comme une boussole éthique. Elle nous rappelle que derrière chaque comportement répétitif et destructeur se cache souvent une histoire non racontée. Et qu’aucune transformation durable n’est possible sans cette écoute-là.
On peut combattre une addiction par la contrainte.
Mais on ne la dépasse vraiment qu’en prenant soin de la douleur qui l’a rendue nécessaire.
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