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Comment reconnaître un “bullshit job” ?

Il y a ces matins où l’on se lève sans enthousiasme, où l’on se demande à quoi tout cela sert. Derrière l’écran, les réunions s’enchaînent, les mails aussi, mais au fond — est-ce que tout cela a vraiment un sens ? Cette impression, beaucoup la partagent. Et parfois, elle porte un nom : le “bullshit job”, ou en français, emploi à la con.

D’où vient le terme “bullshit job” ?

Le concept a été popularisé par David Graeber, anthropologue et professeur à la London School of Economics, dans son ouvrage Bullshit Jobs (2018). Selon lui, un bullshit job est un emploi rémunéré qui est perçu, même par celui qui l’occupe, comme inutile, vide de sens ou absurde.

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Ce n’est pas un “mauvais” métier — ce peut être un poste confortable, bien payé, dans un bureau climatisé. Mais c’est un travail dont l’utilité sociale ou concrète paraît nulle ou dérisoire, et qui laisse un profond sentiment d’inutilité. Graeber allait jusqu’à dire que ces emplois sont une pathologie du capitalisme moderne : des postes créés pour “faire tourner la machine”, sans réelle contribution à la société.

 

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Les signes qui ne trompent pas

Voici quelques indicateurs fréquents d’un bullshit job, selon les chercheurs et les témoignages recueillis :

  1. Vous ne pouvez pas expliquer clairement ce que vous faites.
    Quand vos proches vous demandent “Et toi, tu fais quoi exactement ?” et que vous peinez à répondre, c’est un premier signal.

  2. Vous sentez que votre travail ne sert à rien.
    Vous produisez des rapports que personne ne lit, organisez des réunions inutiles, ou exécutez des tâches que des logiciels pourraient faire à votre place.

  3. Vous remplissez le temps plutôt que d’accomplir quelque chose.
    La journée devient un théâtre où il faut “avoir l’air occupé” : répondre à des mails vides, créer des PowerPoint sans finalité, maintenir l’illusion d’efficacité.

  4. Votre motivation s’érode malgré de bonnes conditions.
    Ce n’est pas la fatigue physique ou le stress qui vous use, mais l’absence de sens. Vous vous sentez inutile, interchangeable, parfois même honteux.

  5. Vous êtes conscient que votre poste existe pour de mauvaises raisons.
    Par exemple, pour satisfaire une hiérarchie, gonfler un organigramme, ou respecter des procédures absurdes.

Tous les métiers peuvent-ils être “bullshit” ?

Graeber distinguait plusieurs types d’emplois à vide :

  • Les “faire-valoir” : là pour flatter l’ego d’un supérieur.

  • Les “cache-misère” : dont le rôle est de réparer les conséquences d’autres emplois absurdes.

  • Les “paperassiers” : créés pour répondre à des règles bureaucratiques sans fin.

  • Les “cocheurs de cases” : chargés de remplir des tableaux et des rapports qui ne changent rien.

  • Les “gardiens” : qui veillent sur des systèmes qui n’ont pas besoin d’eux.

Mais attention : un poste n’est pas “bullshit” en soi. C’est le décalage entre la tâche et son sens perçu qui crée ce vide. Ce qui est absurde pour l’un peut être utile ou passionnant pour l’autre.

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Les effets psychologiques du vide professionnel

Travailler dans un bullshit job n’a rien d’anodin. Plusieurs études, dont une publiée dans Social Indicators Research (2022), montrent que ces situations provoquent une détresse psychologique comparable au chômage.

Les symptômes les plus fréquents :

  • perte d’estime de soi,

  • anxiété diffuse,

  • fatigue morale,

  • cynisme, voire dépression.

Parce qu’on passe une grande partie de sa vie au travail, se sentir inutile use profondément. L’être humain a besoin de contribuer, de se sentir relié à quelque chose de plus grand que soi.

Comment s’en libérer ?

  1. Redonner du sens.
    Parfois, le poste n’est pas le problème, mais la manière de l’habiter. Cherchez comment vos actions s’inscrivent dans un ensemble plus large.

  2. Parler de votre ressenti.
    Avec un proche, un collègue de confiance ou un professionnel : nommer le malaise aide à le comprendre.

  3. Explorer vos valeurs.
    Qu’est-ce qui compte pour vous ? L’utilité sociale, la créativité, la liberté ? Identifier vos priorités est un premier pas pour sortir du cercle vide.

  4. Préparer une transition.
    Il ne s’agit pas de tout quitter du jour au lendemain, mais de planifier un chemin vers un travail plus aligné. Formation, bénévolat, projet personnel : chaque pas compte.

Reconnaître un bullshit job, c’est avant tout se reconnaître soi-même dans un système qui valorise parfois l’apparence plus que la contribution réelle. Ce n’est pas une honte : c’est une prise de conscience. Et cette lucidité peut devenir une force — celle de choisir, peu à peu, un travail qui fait sens.

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Lina Daoud

About Author

Lina Daoud est journaliste lifestyle pour MieuxVivre.ma, spécialisée en nutrition et sport. Elle décrypte les études, tendances bien-être et conseils pratiques pour aider chacun à adopter un mode de vie plus sain, équilibré et durable. Son approche mêle rigueur journalistique, pédagogie et inspiration au quotidien.

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