Depuis plusieurs années, l’usage du paracétamol pendant la grossesse fait l’objet d’un débat récurrent. En cause : la crainte qu’il puisse augmenter le risque d’autisme, de TDAH ou d’autres troubles du neurodéveloppement chez l’enfant. Une nouvelle revue scientifique de grande ampleur, publiée mi-janvier, apporte toutefois un éclairage clair : aucun lien causal solide n’a été établi à ce jour.
Une revue de 43 études, sans signal alarmant
Cette conclusion émane d’une revue systématique portant sur 43 études internationales, publiée dans la revue médicale The Lancet. L’analyse a été conduite par une équipe dirigée par la Dre Asma Khalil, professeure d’obstétrique et de médecine materno-fœtale à l’Université de Londres.
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« Nous n’avons trouvé aucune augmentation cliniquement significative du risque d’autisme, de TDAH ou de déficience intellectuelle associée à l’utilisation du paracétamol pendant la grossesse », a déclaré la chercheuse lors d’une conférence de presse.
Sur la base des données disponibles, le paracétamol — principe actif du Tylenol et du doliprane — reste le traitement de première intention recommandé chez la femme enceinte en cas de douleur ou de fièvre, précise l’équipe.
Pourquoi les études précédentes donnaient des résultats contradictoires
Les recherches antérieures sur le sujet ont souvent abouti à des conclusions divergentes. Certaines suggéraient une légère augmentation du risque, d’autres aucune association. La nouvelle revue apporte un élément méthodologique clé : elle exclut les études ne prenant pas en compte les facteurs de confusion.
En pratique, les femmes enceintes ne prennent pas du paracétamol au hasard. Elles y ont recours pour des infections, des fièvres ou des douleurs — des conditions qui, en elles-mêmes, peuvent influencer le développement neurologique du fœtus. Ne pas corriger ces variables biaise fortement les résultats.
« Beaucoup d’études confondaient l’effet du médicament avec celui de la maladie qui motivait sa prise », explique la Dre Khalil.
Le poids déterminant des études entre frères et sœurs
La revue accorde également une importance particulière aux études dites “intrafamiliales”, qui comparent des frères et sœurs exposés différemment au paracétamol in utero. Ces modèles sont considérés comme plus robustes, car ils tiennent compte de facteurs génétiques et environnementaux partagés.
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L’une des plus grandes études de ce type, publiée en 2024, a analysé les dossiers médicaux de près de 2,5 millions d’enfants en Suède. Si une association faible apparaissait dans l’analyse globale, elle disparaissait totalement lorsque les chercheurs comparaient les frères et sœurs d’une même fratrie.
Un résultat qui plaide en faveur d’un biais de confusion plutôt que d’un effet direct du médicament.
Une controverse ravivée par le débat politique
Cette publication intervient dans un contexte tendu aux États-Unis. En septembre dernier, le président Donald Trump avait publiquement exhorté les femmes enceintes à éviter le Tylenol, affirmant — sans preuve scientifique — qu’il pourrait provoquer l’autisme. Des propos largement relayés, mais aussitôt contestés par la communauté médicale.
Des organisations comme l’American College of Obstetricians and Gynecologists ont rappelé que les fièvres non traitées pendant la grossesse peuvent présenter un risque réel pour la mère et l’enfant, et que le paracétamol reste l’option la plus sûre parmi les antalgiques disponibles.
Comme le souligne The New York Times dans son analyse publiée le 16 janvier 2026, aucune étude randomisée — considérée comme le “gold standard” scientifique — n’a pu être menée sur le sujet, pour des raisons éthiques évidentes.
Des zones d’ombre subsistent malgré tout
Les auteurs de la revue reconnaissent néanmoins certaines limites. Les données disponibles ne permettent pas d’évaluer précisément l’impact des doses élevées ou des prises prolongées, ni la fréquence exacte d’utilisation du paracétamol pendant la grossesse.
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Le chercheur norvégien Eivind Ystrom, spécialiste de santé publique, estime que la conclusion est cohérente « au vu des connaissances actuelles », tout en appelant à des études plus fines sur l’usage prolongé du médicament.
Ce que l’on peut retenir aujourd’hui
À l’état actuel des connaissances, aucune preuve scientifique solide ne permet d’affirmer que le paracétamol pris pendant la grossesse cause l’autisme ou des troubles du neurodéveloppement. Les données les plus rigoureuses tendent même à invalider cette hypothèse.
Les médecins recommandent toutefois une règle de prudence inchangée : utiliser le paracétamol uniquement en cas de besoin, à la dose minimale efficace, et sur une durée limitée, comme pour tout médicament pendant la grossesse.
Source
Étude principale (revue systématique publiée dans The Lancet Obstetrics, Gynaecology & Women’s Health)
“Prenatal paracetamol exposure and child neurodevelopment – The Lancet”
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