Une étude publiée fin octobre dans la revue scientifique JAMA Network Open met en évidence un lien préoccupant : l’apnée du sommeil modérée à sévère serait associée à un risque accru de micro-hémorragies cérébrales, de minuscules saignements dans le cerveau susceptibles, à long terme, de favoriser le développement de maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
L’apnée du sommeil — ou syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) — touche des millions de personnes dans le monde. Elle se caractérise par des pauses respiratoires répétées pendant la nuit, dues à un effondrement temporaire des voies respiratoires supérieures.
Ces interruptions, qui durent entre 10 et 30 secondes et peuvent survenir des dizaines voire des centaines de fois par nuit, empêchent le corps d’atteindre un sommeil réparateur. Résultat : fatigue chronique, maux de tête, irritabilité et somnolence diurne.
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Le trouble touche davantage les personnes en surpoids et les hommes de plus de 40 ans, mais il peut aussi concerner des femmes après la ménopause. Et si les conséquences connues — comme l’hypertension ou les troubles cardiaques — inquiètent déjà, cette nouvelle étude montre qu’elles pourraient aller bien au-delà.
Des micro-hémorragies silencieuses dans le cerveau
Les chercheurs du Korean Genome and Epidemiology Study (KoGES) ont suivi 1 441 adultes âgés de 40 à 79 ans pendant huit ans. Parmi eux, certains souffraient d’apnée du sommeil légère, d’autres modérée à sévère. Résultat : les participants atteints d’apnée modérée à sévère présentaient deux fois plus de risques de développer des micro-hémorragies cérébrales que ceux sans apnée.
Ces minuscules saignements, souvent asymptomatiques, ont été détectés à l’aide d’IRM cérébrales successives. Ils traduisent une fragilité des petits vaisseaux du cerveau et sont considérés comme un signe précoce de vieillissement vasculaire cérébral.
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« Même si elles passent inaperçues, ces micro-lésions peuvent fragiliser durablement le cerveau et ouvrir la voie à des maladies comme la démence ou Alzheimer », résume le Dr Ali Tanweer Siddiquee, auteur principal de l’étude.
Un risque sous-estimé pour la santé du cerveau
L’étude, menée sur huit ans et publiée le 28 octobre 2025 dans JAMA Network Open, confirme ce que plusieurs travaux soupçonnaient déjà : l’apnée du sommeil est un facteur de risque vasculaire cérébral indépendant. Même en tenant compte de l’âge, du sexe, de l’indice de masse corporelle (IMC), de l’hypertension, du cholestérol et du diabète, le lien entre apnée sévère et micro-hémorragies persistait.
Selon les auteurs, les baisse répétées d’oxygène pendant la nuit provoquent des poussées de tension artérielle et un stress oxydatif qui endommagent les parois des vaisseaux sanguins du cerveau. À long terme, cette fragilisation peut favoriser les troubles cognitifs et accélérer la neurodégénérescence.
De l’apnée à la démence : le fil rouge du vieillissement cérébral
Ces découvertes ne concernent pas qu’un petit nombre de personnes : selon une étude publiée dans The Lancet en 2019, près d’un milliard d’adultes âgés de 30 à 69 ans dans le monde souffrent d’apnée du sommeil. Les micro-hémorragies, elles, augmentent naturellement avec l’âge, mais leur survenue prématurée chez les personnes apnéiques pourrait expliquer le lien observé entre troubles du sommeil et démence.
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Des travaux précédents avaient déjà montré que le manque chronique d’oxygène et les micro-éveils répétés perturbent la clairance cérébrale des protéines bêta-amyloïdes, responsables des plaques caractéristiques d’Alzheimer.
« Cette étude incite à prendre l’apnée du sommeil beaucoup plus au sérieux », estime le Dr Rudy Tanzi, professeur de neurologie à Harvard et spécialiste du vieillissement cérébral. « Les dommages qu’elle cause au cerveau pourraient être bien plus graves qu’on ne le pense. »
Mieux dormir, mieux protéger son cerveau
La bonne nouvelle, c’est que l’apnée du sommeil se dépiste et se traite. Les spécialistes recommandent un test de sommeil (polysomnographie) en cas de symptômes évocateurs : ronflements intenses, réveils en sursaut, somnolence excessive. Le traitement de référence reste la ventilation nocturne par pression positive continue (PPC ou CPAP), mais une perte de poids, la réduction de la consommation d’alcool ou le changement de position de sommeil peuvent aussi aider.
Car derrière les ronflements anodins, il y a parfois un signal d’alerte du cerveau. Et si mieux dormir permettait aussi de mieux vieillir?
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