Azzouz Said écrit depuis un entre-deux. Entre ce qui se calcule et ce qui se tait, entre les jours qui s’enchaînent et les failles qu’on dissimule. Ses chroniques s’adressent à celles et ceux qui doutent sans renoncer, qui avancent sans certitude, et qui savent que la lucidité n’exclut ni la tendresse, ni la poésie.
« Après la victoire ndirou rwina,
Men Sla Takadoum ta Lmadina… »
C’est un chant des supporters de l’AS FAR.
Un chant d’explosion, de célébration, d’appartenance.
Mais ce 19 janvier, il résonne différemment.
Pas comme une promesse, mais comme un souvenir.
La défaite est passée.
Le silence aussi.
Et maintenant ? Que faire ?
Le doctorant que je suis pense à Abraham Wald.
Un statisticien qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, a proposé une idée brillante :
pour renforcer les bombardiers, il ne faut pas regarder où les avions touchés ont des impacts…
mais où ils n’en ont pas.
Parce que ceux qui ne reviennent pas, eux, ne parlent pas.
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Penser aux absents.
Penser aux angles morts.
C’est peut-être ça, le vrai courage après une défaite.
Dans le monde de la finance, on fait des post-mortem.
On analyse.
On décortique.
On essaie de comprendre ce qui a fonctionné… et ce qui a flanché.
Pourquoi on ne ferait pas pareil avec nos émotions collectives ?
La CAN, cette année, nous a montré une équipe brillante mais humaine.
Une équipe pleine de cœur mais aussi pleine de tension.
Et parfois, à vouloir trop prouver, on perd ce qui faisait notre justesse.
C’est humain.
Et profondément marocain.
Chez nous, on aime les démonstrations.
On aime faire plus.
Donner plus.
Offrir des passes venues du ciel alors qu’une passe simple aurait suffi.
Ce n’est pas une critique.
C’est un trait de caractère.
Mais à force de tout donner pour convaincre, on finit parfois par se perdre dans le biais de validation.
Faire. Prouver. Plaire.
Valider.
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Et si on arrêtait ?
Et si, pour une fois, on se suffisait à nous-mêmes ?
Si on célébrait non pas la victoire… mais l’effort honnête ?
Si on reconnaissait que parfois, perdre n’est pas un échec — c’est une pause dans le chemin.
« L’enfer, c’est les autres », disait Sartre.
Et s’il avait tort ?
Et si l’enfer, c’était notre besoin constant de nous voir à travers les yeux des autres ?
Alors ce soir, j’ai décidé de faire mon propre post-mortem.
Pas pour accuser.
Mais pour comprendre.
Et ma conclusion est simple :
Justesse > performance.
Sobriété > spectacle.
Présence > pression.
Mes frères, mes sœurs,
Prenons soin de nos familles.
Prenons soin de notre pays.
Et marchons. Même après la défaite.
Parce qu’en vrai, ce pays est un match qu’on ne joue pas pour gagner.
On le joue pour continuer.
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