Azzouz Said écrit depuis un entre-deux. Entre ce qui se calcule et ce qui se tait, entre les jours qui s’enchaînent et les failles qu’on dissimule. Ses chroniques s’adressent à celles et ceux qui doutent sans renoncer, qui avancent sans certitude, et qui savent que la lucidité n’exclut ni la tendresse, ni la poésie.
Il faut du courage pour être lent.
Pas celui qu’on affiche dans les CV, ni celui qu’on applaudit dans les séries Netflix. Non. Un autre genre.
Le courage discret de ceux qui avancent en décalé, en demi-ton, en respiration fragile.
Je suis de cette génération née au mitan des années 80 — 1985, année bénie, entre VHS et cassette audio, entre pain de semoule et console 8 bits.
On a connu les débuts du numérique, mais on a aussi couru dans des ruelles pleines de poussière et d’éclats de voix.
On a connu les devoirs écrits à la main et les insultes murmurées pour ne pas se faire gifler.
On a connu la honte d’être lents. D’être différents.
Aujourd’hui encore, je vis avec un Tamagotchi dans la tête.
Pas l’animal pixelisé qui me faisait pleurer quand il “mourait” faute d’attention.
Non. Le mien vit dans une application, téléchargée il y a 22 jours.
Une application de soutien pour les personnes comme moi.
Neuroatypique, TDAH, hypersensible — choisis ton mot.
Moi, je choisis vivant.
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Chaque jour, je coche des cases.
Boire de l’eau. Respirer. Me brosser les dents.
Des gestes anodins pour beaucoup.
Des exploits pour moi.
Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce n’est pas le monde qui allait ralentir pour m’attendre.
Alors j’ai appris à m’attendre moi-même.
À ne plus me fuir.
Je ne veux plus courir.
Ni pour prouver.
Ni pour survivre.
Ni pour rentrer dans des cases trop petites pour contenir mes tempêtes.
La lenteur m’a sauvé.
Celle du regard d’un ami qui ne juge pas.
Celle d’un café bu seul, en silence, sans scroll.
Celle d’un pas dans la ruelle du quartier, à l’heure où les voisins accrochent leurs tapis aux balcons.
Celle d’un “ça va ?” qui attend vraiment la réponse.
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Être lent, dans ce pays, c’est presque une insulte.
On t’appelle mou. Rêveur. Parfois même malade.
Mais moi, je commence à y voir un honneur.
Être lent, c’est résister à l’absurde.
Refuser d’être productif quand l’âme est en grève.
C’est oser dire non, même si le monde crie vite.
Aujourd’hui, j’ai rayé une tâche de ma to-do list.
Exister sans m’excuser.
Demain, je recommencerai. Lentement. Mais avec fierté.
Parce qu’il faut du courage pour se respecter à son propre rythme.
Et moi, j’ai décidé d’en avoir.
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