Azzouz Said écrit depuis un entre-deux. Entre ce qui se calcule et ce qui se tait, entre les jours qui s’enchaînent et les failles qu’on dissimule. Ses chroniques s’adressent à celles et ceux qui doutent sans renoncer, qui avancent sans certitude, et qui savent que la lucidité n’exclut ni la tendresse, ni la poésie.
Il y a des soirs qui ressemblent à des battements de cœur.
Des soirs où un match de foot devient autre chose.
Pas juste un score.
Un souffle collectif.
Ce soir-là, le Maroc est passé en finale de la CAN.
Et dans tout le pays, quelque chose a vibré.
Pas seulement à cause du but.
Pas à cause des cris.
Mais parce que — même brièvement — on a choisi d’être heureux.
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Moi, ça m’a projeté loin.
Pas à Abidjan.
Mais à Rabat.
2004.
J’avais 19 ans.
Le match se déoulait en Tunisie;
Un quartier populaire, poussiéreux et vivant, entre deux saisons, deux âges.
Ce jour-là, le Maroc jouait aussi une demi-finale.
Et moi, je vivais cette joie comme un rite.
Un ami, un briquet, un prétexte : on a marché 45 minutes jusqu’à un autre quartier.
Pas pour fuir.
Pour fumer.
Pour respirer autre chose.
Pour vivre ce moment ailleurs, anonymes et libres, même si ce n’était que pour une clope.
Je me souviens du bruit des klaxons, des youyous, des drapeaux noués en ceinture.
Je me souviens surtout de la légèreté.
De cette joie simple, pas programmée, pas instagrammée, pas vendue.
Une joie qui nous appartenait.
Depuis, les choses ont changé.
Les années sont passées.
On a appris à cacher nos sourires derrière des badges d’entreprise.
On a appris à négocier le bonheur.
À le mériter.
À le reporter à plus tard.
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Mais ce soir, j’ai compris une chose que j’avais presque oubliée :
le bonheur n’est pas une destination.
C’est une direction.
Une boussole.
Et parfois, pour s’en approcher,
il suffit de marcher un peu.
Même 45 minutes à pied.
Même sans raison logique.
Même pour une cigarette volée au destin.
On ne choisit pas toujours les événements.
Mais on peut choisir de les vivre en entier.
Avec la gorge nouée.
Avec la main sur le cœur.
Avec la joie fragile mais entière de ceux qui savent qu’elle ne dure jamais très longtemps.
Alors ce soir, j’ai choisi d’être heureux.
Pas parce que tout va bien.
Mais parce que, parfois, c’est la seule victoire qui compte.
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