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Canicule, sédentarité, morts prématurées : l’autre effet du réchauffement climatique

Le changement climatique ne menace pas seulement la planète : il pourrait aussi réduire notre activité physique, augmenter les maladies chroniques et provoquer des centaines de milliers de morts supplémentaires d’ici 2050. C’est la conclusion préoccupante d’une vaste étude internationale publiée dans The Lancet Global Health.

On associe souvent le changement climatique à la montée des eaux, aux incendies ou aux vagues de chaleur. Mais ses conséquences sur la santé pourraient être plus insidieuses encore. Une nouvelle étude publiée en mars dans The Lancet Global Health suggère que la hausse des températures mondiales pourrait pousser des millions de personnes à devenir plus sédentaires, avec des effets potentiellement lourds sur la mortalité et l’économie mondiale.

Les chercheurs ont analysé des données provenant de 156 pays entre 2000 et 2022 pour comprendre comment l’exposition à la chaleur influence les niveaux d’activité physique. Leur constat est clair : plus les périodes de forte chaleur se multiplient, plus l’inactivité physique progresse, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.


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L’étude montre qu’à l’échelle mondiale, chaque mois supplémentaire où la température moyenne dépasse 27,8 °C augmente la prévalence de l’inactivité physique de 1,44 point de pourcentage. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, cet effet est encore plus marqué, atteignant 1,85 point. En d’autres termes, lorsque la chaleur s’installe durablement, les gens bougent moins.

Une menace silencieuse pour la santé publique

Cette évolution n’a rien d’anodin. L’inactivité physique est déjà l’un des grands facteurs de risque des maladies non transmissibles, comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers. Elle est également associée à une hausse de la mortalité prématurée.

Aujourd’hui, environ un tiers des adultes dans le monde ne respectent pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui préconise au moins 150 minutes d’activité physique modérée par semaine, ou 75 minutes d’activité intense. Toute augmentation supplémentaire de la sédentarité vient donc aggraver un problème déjà massif.

Ce que l’étude met en lumière, c’est que la chaleur agit comme un frein concret à l’activité. Lorsque les températures grimpent, l’effort physique devient plus difficile. Le corps transpire davantage, la fréquence cardiaque augmente, la sensation d’épuisement apparaît plus vite, et le risque de déshydratation s’accroît. À cela s’ajoutent parfois une mauvaise qualité de l’air, une humidité élevée ou des événements climatiques extrêmes qui réduisent encore les possibilités de marcher, courir, faire du vélo ou pratiquer une activité sportive en extérieur.

Les régions tropicales en première ligne

Les effets du réchauffement ne seront pas répartis de manière égale. Les projections des chercheurs montrent que d’ici 2050, la prévalence mondiale de l’inactivité physique pourrait augmenter de 0,98 point dans un scénario climatique relativement maîtrisé, de 1,22 point dans un scénario intermédiaire, et de 1,75 point dans le scénario le plus pessimiste.


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Derrière ces moyennes mondiales se cachent toutefois de fortes disparités. Certaines régions pourraient connaître des hausses de plus de 4 points de pourcentage, notamment en Amérique centrale, dans les Caraïbes, en Afrique subsaharienne orientale et dans certaines zones de l’Asie du Sud-Est équatoriale.

Ces territoires cumulent souvent plusieurs vulnérabilités : températures déjà élevées, urbanisation rapide, accès limité à des infrastructures climatisées, manque d’espaces ombragés et budgets publics contraints. Dans ces contextes, la chaleur ne se contente pas d’être inconfortable : elle modifie les habitudes de vie et peut réduire durablement les possibilités de rester actif.

Des conséquences humaines et économiques majeures

L’un des apports les plus frappants de cette étude est d’avoir chiffré ce que cette sédentarité supplémentaire pourrait coûter. D’après les projections, le réchauffement climatique pourrait entraîner entre 470 000 et 700 000 décès supplémentaires par an d’ici 2050, en raison de la hausse de l’inactivité physique. Les pertes économiques annuelles liées à la baisse de productivité sont estimées entre 2,40 et 3,68 milliards de dollars internationaux.

Ces chiffres viennent s’ajouter au fardeau déjà existant de l’inactivité physique. Les auteurs rappellent que celle-ci représentait déjà, en 2022, environ 6,52 millions de décès attribuables et 46,92 milliards de dollars internationaux de pertes de productivité. Le climat pourrait donc alourdir encore un peu plus un problème de santé publique mondial déjà majeur.

Le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il risque de creuser les inégalités. Dans les pays riches, il est plus facile de compenser la chaleur par des salles de sport climatisées, des transports adaptés, des espaces verts aménagés ou des logements mieux isolés. Dans les pays pauvres, en revanche, les populations sont souvent plus exposées à la chaleur et disposent de moins de moyens pour y échapper.

Les femmes plus vulnérables

L’étude suggère également que les femmes pourraient être plus touchées que les hommes par les effets de la chaleur sur l’activité physique. Dans leur modèle, chaque mois au-dessus de 27,8 °C augmentait l’inactivité de 1,69 point chez les femmes, contre 1,18 point chez les hommes.


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Les chercheurs avancent plusieurs explications physiologiques. En situation de forte chaleur, certaines différences dans la capacité de sudation et de refroidissement corporel pourraient rendre l’effort plus difficile pour les femmes. Les personnes âgées semblent elles aussi plus vulnérables, notamment dans les pays où la population est plus âgée.

Repenser les villes et la santé publique

Face à ce risque émergent, les auteurs ne plaident pas seulement pour une baisse des émissions de gaz à effet de serre, même si celle-ci reste essentielle. Ils insistent aussi sur la nécessité de mettre en place des mesures d’adaptation concrètes.

Parmi les pistes évoquées figurent le développement de villes plus ombragées, l’usage de matériaux réfléchissants pour limiter les îlots de chaleur urbains, l’amélioration de l’accès à des équipements sportifs climatisés à coût abordable, ou encore l’intégration de messages spécifiques sur les risques liés à la chaleur dans les recommandations de santé publique sur l’activité physique.

L’enjeu, au fond, est de cesser de considérer l’exercice comme un simple choix individuel. Dans un monde plus chaud, bouger devient aussi une question d’environnement, d’urbanisme, d’inégalités sociales et de politique sanitaire.

Cette étude rappelle ainsi une évidence de plus en plus difficile à ignorer : le changement climatique transforme déjà nos comportements quotidiens. Et si rien n’est fait, il pourrait bien favoriser une transition mondiale vers plus de sédentarité, avec à la clé davantage de maladies chroniques, de décès prématurés et de pertes économiques.


Source

García-Witulski C, Rabassa M, Melo O, Sarmiento JH. Effects of climate change on physical inactivity: a panel data study across 156 countries from 2000 to 2022. The Lancet Global Health, Volume 14, Issue 4, avril 2026. https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(26)00015-7/fulltext

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