Santé

Cigarette électronique: moins nocive que le tabac, mais pas sans risques

Longtemps présentée comme une alternative plus sûre au tabac, la cigarette électronique n’est pas pour autant anodine pour la santé. Dans un avis rendu public mercredi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) met en garde contre les risques liés au vapotage et rappelle que son usage devrait rester strictement limité au sevrage tabagique, et pour la durée la plus courte possible.

Pour parvenir à ces conclusions, l’Anses a mobilisé 14 experts qui ont analysé près de 2 900 études scientifiques ainsi que plusieurs rapports internationaux. Leur constat est clair : vapoter expose l’organisme à des substances toxiques, même si les niveaux restent globalement inférieurs à ceux de la cigarette classique.

« Vapoter, c’est inhaler des substances nocives », résume Benoît Labarbe, chef de l’unité évaluation des produits du tabac à l’Anses. Une réalité qui conduit l’agence à déconseiller fermement l’usage de la cigarette électronique chez les non-fumeurs et les jeunes, particulièrement attirés par les arômes fruités et sucrés.

Des substances toxiques inhalées à répétition

Les risques identifiés sont principalement liés à l’inhalation répétée de composés toxiques. Ceux-ci peuvent provenir du matériel lui-même — certaines cigarettes électroniques émettent des métaux —, des liquides utilisés (propylène glycol, glycérol, arômes), ou encore se former lors du chauffage du liquide.


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Parmi ces substances, les aldéhydes retiennent particulièrement l’attention des experts. « Ils se fixent sur les tissus des voies respiratoires et les dégradent », explique Thibault Mansuy, pharmacien et coordinateur de l’expertise. À long terme, ces altérations répétées pourraient entraver les capacités de réparation des tissus. Des lésions cellulaires, notamment de l’ADN, ont également été observées, pouvant favoriser un terrain cancéreux.

Des effets cardiovasculaires et respiratoires préoccupants

Au-delà des voies respiratoires, plusieurs études pointent des effets cardiovasculaires. Ceux-ci sont jugés « probables » lorsque l’e-liquide contient de la nicotine, mais aussi « possibles » en son absence. Variations de la fréquence cardiaque, élévation de la pression artérielle : autant de signaux susceptibles, à long terme, d’augmenter le risque de pathologies cardiaques.

Sur le plan respiratoire, certaines données suggèrent une augmentation du risque de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie pulmonaire grave et invalidante.

Les experts alertent également sur les effets potentiels du vapotage pendant la grossesse. Chez l’enfant exposé in utero, des altérations du développement cardiovasculaire et pulmonaire sont jugées possibles. Pour cette raison, l’Anses recommande aux femmes enceintes ou ayant un projet de grossesse un arrêt complet du tabac, accompagné par un professionnel de santé, en évitant autant que possible la cigarette électronique.

Une addiction comparable à celle du tabac

Contrairement à une idée répandue, la cigarette électronique n’est pas dépourvue de potentiel addictif. Lorsqu’elle contient de la nicotine, « l’aérosol généré a le même pouvoir addictif que la fumée de cigarette », souligne l’Anses. Un point d’autant plus préoccupant qu’une enquête menée dans le cadre du rapport montre que 70 % des vapoteurs vapotent depuis plus de quatre ans, bien au-delà d’un usage transitoire de sevrage.


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Au total, sur 1 775 substances identifiées dans les aérosols inhalés, l’Anses en a recensé 106 jugées « particulièrement préoccupantes ». Si leurs concentrations restent nettement inférieures à celles de la fumée de cigarette, elles n’en sont pas moins susceptibles d’avoir des effets sur la santé.

Moins dangereux que le tabac, mais pas inoffensif

L’agence tient toutefois à rappeler un point essentiel : en l’état actuel des connaissances, aucun des effets observés du vapotage ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, ceux du tabac fumé, responsable de près de 75 000 décès par an en France. L’absence de combustion reste un facteur déterminant dans cette différence de risque.

Enfin, l’Anses met en garde contre la pratique du « fait maison », qui concerne près d’un vapoteur sur deux. Composer soi-même son e-liquide expose à des risques de surdosage, à l’utilisation d’ingrédients inadaptés à l’inhalation — comme certaines huiles essentielles ou arômes alimentaires — et à des accidents domestiques, notamment chez les enfants.

Les autorités sanitaires indiquent que les prochaines recherches porteront sur les effets du vapotage passif, encore mal connus. Un chantier crucial, alors que la cigarette électronique s’est installée durablement dans le paysage quotidien.

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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