Santé

Le sport protège mieux les femmes que les hommes, selon une étude

Les recommandations internationales répètent depuis des années le même mantra : 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée à soutenue par semaine pour tous. Une large étude publiée dans la revue Nature  bouscule cet universel « taille unique ». En analysant les mouvements mesurés par accéléromètre chez plus de 85 000 personnes de la UK Biobank, les auteurs montrent que, à dose égale, les femmes tirent davantage de bénéfices cardiovasculaires que les hommes.

Le cœur de la démonstration tient en une courbe dose–réponse limpide : pour obtenir une réduction de 30 % du risque de maladie coronarienne, les femmes ont besoin d’environ 250 minutes d’activité modérée à soutenue par semaine… quand les hommes doivent approcher 530 minutes. Autrement dit, un même « retour sur effort » survient chez elles à une dose presque deux fois moindre. Cette asymétrie se retrouve dès les seuils habituels : respecter les 150 minutes hebdomadaires est associé à une baisse du risque coronarien de 22 % chez les femmes, contre 17 % chez les hommes.

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La méthode renforce la solidité du signal. Plutôt que de s’appuyer sur des questionnaires exposés aux biais de mémoire, les chercheurs ont utilisé des capteurs portés au poignet plusieurs jours d’affilée, puis suivi les participants près de huit ans. Ils ont d’abord étudié 80 243 personnes indemnes au départ pour l’incidence de la maladie, puis 5 169 patients déjà coronariens pour la mortalité toutes causes. Dans les deux cas, l’activité physique protège, mais la pente des bénéfices est plus favorable aux femmes.

Un écart spectaculaire

Chez les patients qui vivent déjà avec une coronaropathie, l’écart est spectaculaire. Atteindre les repères d’activité recommandés s’accompagne d’une chute de mortalité beaucoup plus marquée chez les femmes (hazard ratio 0,30) que chez les hommes (0,81). Les auteurs multiplient les analyses de sensibilité — modèles concurrents, ajustements étendus, imputations — et les résultats tiennent bon, ce qui plaide contre un simple artefact statistique.

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Pourquoi ces différences ? Plusieurs hypothèses, encore à éprouver, se dessinent. Le rôle des œstrogènes dans l’oxydation des lipides à l’effort, des profils musculaires plus « endurants » chez les femmes (proportion plus élevée de fibres de type I), ou encore des différences métaboliques globales pourraient accroître la « sensibilité » féminine aux bénéfices de l’activité. Mais les mécanismes précis restent à éclaircir par des travaux physiologiques dédiés.

Ces résultats interrogent la pertinence de recommandations strictement unisexes. Sans invalider le cap de 150 à 300 minutes hebdomadaires, ils suggèrent qu’une personnalisation par sexe — et, demain, par profil métabolique — serait plus efficace pour prévenir l’infarctus et ses suites. Surtout, ils peuvent aider à combler le « gender gap » de l’activité : dans le monde, les femmes sont en moyenne moins actives que les hommes. Savoir qu’une dose plus modeste procure déjà une protection substantielle peut être un levier de motivation puissant.

Chaque minute compte

Pour le grand public, le message est double. D’une part, chaque minute compte : marcher vite 30 minutes la plupart des jours de la semaine, monter les escaliers, faire du vélo ou nager constituent déjà une base solide. D’autre part, l’usage d’une montre ou d’un bracelet connecté — la même technologie que celle employée dans l’étude — aide à suivre le temps passé en intensité « qui essouffle un peu », à répartir l’effort sur la semaine et à consolider l’habitude.

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Il faut néanmoins garder la prudence qui sied aux études de cohorte. L’échantillon, majoritairement britannique et blanc, limite la généralisation à d’autres contextes, notamment au Maroc. Et l’observation ne prouve pas la causalité même si, ici, la cohérence interne et la robustesse statistique sont convaincantes. Des essais pragmatiques, menés dans des populations plus diverses, permettront de préciser les seuils utiles au plus près du terrain.

En attendant, la conclusion pratique tient en une phrase : bougez plus, bougez souvent — et sachez que, pour un même bénéfice cardiaque, les femmes n’ont pas besoin d’en faire autant que les hommes. La prévention cardiovasculaire gagne à être personnalisée ; la science nous donne désormais des repères pour l’amorcer.

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Lina Daoud

About Author

Lina Daoud est journaliste lifestyle pour MieuxVivre.ma, spécialisée en nutrition et sport. Elle décrypte les études, tendances bien-être et conseils pratiques pour aider chacun à adopter un mode de vie plus sain, équilibré et durable. Son approche mêle rigueur journalistique, pédagogie et inspiration au quotidien.

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