La maladie de Parkinson est souvent présentée comme une fatalité liée à l’âge ou à la génétique. Pourtant, de plus en plus d’études suggèrent que notre alimentation pourrait jouer un rôle dans le risque de développer cette maladie neurodégénérative.
Parmi les pistes les plus sérieuses : un aliment bien précis ressort régulièrement des travaux scientifiques… les fruits rouges, et en particulier les baies (myrtilles, fraises, framboises, mûres).
Riches en pigments naturels appelés anthocyanes, ces petits fruits colorés appartiennent à la grande famille des flavonoïdes, des composés végétaux connus pour leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Et c’est précisément ce groupe de nutriments qui semble associé à un risque plus faible de Parkinson dans plusieurs grandes études.
Parkinson : quand les neurones moteurs s’épuisent
La maladie de Parkinson est une affection neurodégénérative qui touche principalement les neurones dopaminergiques d’une région du cerveau appelée substance noire. Leur disparition progressive entraîne les symptômes les plus connus : tremblements, rigidité, lenteur des mouvements, troubles de l’équilibre.
Lire aussi: Rugby et santé cérébrale: une étude alerte sur un risque accru d’Alzheimer
Si l’âge, certains facteurs génétiques et l’environnement jouent un rôle, la recherche s’intéresse de près à l’impact de l’alimentation et du mode de vie sur le risque de développer la maladie. Les flavonoïdes, abondants dans de nombreux végétaux, font partie des candidats les plus étudiés.
L’aliment qui se distingue : les baies, championnes en flavonoïdes
Parmi les aliments riches en flavonoïdes, les baies occupent une place à part : myrtilles, fraises, framboises, mûres… Toutes sont particulièrement concentrées en anthocyanes, des pigments qui donnent leur couleur rouge, bleue ou violette et qui ont montré des effets neuroprotecteurs dans des études expérimentales.
Une grande étude prospective publiée dans la revue Neurology a justement examiné le lien entre la consommation de flavonoïdes et le risque de développer la maladie de Parkinson. Les chercheurs ont suivi plus de 49 000 hommes et 80 000 femmes pendant près de 20 à 22 ans, en analysant leur alimentation et l’apparition de cas de Parkinson au fil du temps.
Lire aussi: L’apnée du sommeil pourrait favoriser l’apparition d’Alzheimer, alerte une nouvelle étude
Les auteurs y ont montré que les hommes ayant l’apport total en flavonoïdes le plus élevé présentaient un risque de Parkinson réduit d’environ 40 % par rapport à ceux qui en consommaient le moins (hazard ratio 0,60). Mais surtout, lorsqu’ils se sont penchés sur certains sous-groupes de flavonoïdes, les anthocyanes et leurs principales sources alimentaires – les baies – se sont distinguées : les personnes qui en consommaient le plus avaient un risque de Parkinson environ 23 % plus faible (HR 0,77) que celles qui en consommaient le moins.
Des flavonoïdes qui ne protègent pas seulement du risque… mais aussi du pronostic
D’autres travaux se sont intéressés non plus seulement au risque de développer la maladie, mais au devenir des personnes déjà diagnostiquées. Une étude publiée en 2022 dans Neurology a suivi plus de 1 200 patients atteints de Parkinson, en analysant leurs apports en flavonoïdes et en flavonoïdes-riches (baies, thé, vin rouge, agrumes).
Résultat : les personnes qui consommaient le plus de flavonoïdes avaient un risque de mortalité nettement plus faible que celles qui en consommaient le moins, en particulier chez les hommes. Les auteurs soulignent notamment le rôle des anthocyanes (présents dans les baies) et des flavan-3-ols.
Lire aussi: L’Ozempic débarque au Maroc et suscite déjà la polémique
Ces résultats ne signifient pas qu’un bol de fruits rouges “guérit” le Parkinson, mais ils suggèrent que l’alimentation peut influencer l’évolution de la maladie et le pronostic à long terme.
Comment les baies pourraient-elles protéger le cerveau ?
Les mécanismes exacts sont encore à l’étude, mais plusieurs pistes émergent :
-
Les anthocyanes ont une forte action antioxydante : elles aident à neutraliser les radicaux libres qui abîment les cellules nerveuses.
-
Elles possèdent aussi des propriétés anti-inflammatoires, ce qui pourrait limiter l’inflammation chronique impliquée dans la dégénérescence neuronale.
-
Des travaux précliniques suggèrent que certains flavonoïdes peuvent protéger les neurones dopaminergiques, améliorer la communication entre les neurones et moduler certains processus liés à la mort cellulaire.
Une revue publiée en 2018 sur les flavonoïdes dans la maladie d’Alzheimer et de Parkinson souligne ainsi le potentiel de ces composés pour réduire le stress oxydatif, l’inflammation et moduler certains mécanismes moléculaires impliqués dans les maladies neurodégénératives.
Berries + alimentation globale : l’effet “bouclier” du régime méditerranéen
Les baies ne sont évidemment pas les seules à intervenir. Elles s’inscrivent dans un ensemble alimentaire plus large : légumes, fruits, huile d’olive, noix, céréales complètes… Plusieurs études montrent que les personnes qui suivent un régime de type méditerranéen ont un risque de Parkinson plus faible.
Une méta-analyse récente met en évidence une corrélation négative significative entre l’adhésion au régime méditerranéen et le risque de Parkinson : plus l’adhésion à ce type de régime est élevée, plus le risque de développer la maladie semble réduit.
Lire aussi: Comment le Maroc a réussi à maîtriser l’hépatite B
Autrement dit :Les baies sont un pilier intéressant, mais elles donnent leur plein potentiel au sein d’un mode d’alimentation globalement riche en végétaux, pauvre en produits ultra-transformés et en excès de graisses saturées.
Concrètement, combien de baies dans l’assiette ?
Les études ne donnent pas une “dose magique”, mais elles parlent en général de quintiles de consommation (du plus faible au plus élevé). Dans l’étude de Neurology, le groupe qui consommait le plus de baies en mangeait plusieurs portions par semaine.
Pour rester dans des repères simples, et en cohérence avec les recommandations de santé publique, on peut viser :
-
Au moins 2 à 3 portions de fruits par jour,
-
dont 1 portion de fruits rouges (frais, surgelés, éventuellement en purée non sucrée) plusieurs fois par semaine,
-
intégrés à un régime globalement de type méditerranéen (légumes, huile d’olive, légumineuses, céréales complètes, noix…).
Pour les personnes diabétiques ou surveillant leur glycémie, il est important d’en parler avec leur médecin ou leur diététicien pour adapter les quantités et l’ensemble du régime.
Des limites à ne pas oublier : ce que ces études ne disent pas
Aussi prometteuses soient-elles, ces études restent observationales : elles montrent des associations, pas une preuve absolue de cause à effet. Les personnes qui mangent beaucoup de baies ont souvent, globalement, un mode de vie plus sain (moins de tabac, plus d’activité physique, meilleure alimentation globale), ce qui peut partiellement expliquer le lien. Les chercheurs ajustent leurs analyses pour tenir compte de ces facteurs, mais on ne peut jamais tout contrôler.
Autre point essentiel :
-
Les baies ne remplacent pas un traitement,
-
Elles ne peuvent pas guérir la maladie de Parkinson,
-
Elles s’inscrivent dans une stratégie de réduction de risque et de soutien global à la santé du cerveau.
Lire aussi: Les gens qui pleurent facilement ont une force que les autres n’ont pas
En cas de symptômes (tremblements, raideur, lenteur des mouvements, troubles de l’équilibre), la priorité reste de consulter un neurologue pour un diagnostic précis et une prise en charge adaptée.
À retenir
-
Les baies (fruits rouges) sont riches en anthocyanes, des flavonoïdes aux propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires.
-
Une grande étude publiée dans Neurology montre qu’une consommation élevée de flavonoïdes, et en particulier de baies, est associée à un risque plus faible de développer la maladie de Parkinson.
-
Chez les personnes déjà atteintes, une alimentation riche en flavonoïdes pourrait être liée à un risque de mortalité plus faible, selon une autre étude.
-
L’effet semble particulièrement intéressant lorsqu’ils sont consommés au sein d’un régime global de type méditerranéen.
-
Ces résultats sont encourageants, mais ne remplacent ni le traitement, ni le suivi médical.
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.











