Longtemps soupçonné d’augmenter le risque de troubles cognitifs, le traitement hormonal de la ménopause revient aujourd’hui au centre du débat scientifique. Une nouvelle analyse de grande ampleur apporte un éclairage rassurant : il n’existe pas de preuve solide établissant un lien entre la prise d’hormones après la ménopause et le développement d’une démence.
Cette conclusion émane de la plus vaste revue scientifique menée à ce jour sur le sujet, commandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle s’appuie sur les données de plus d’un million de femmes, issues de nombreuses études internationales.
Une question qui inquiète des millions de femmes
Le traitement hormonal de la ménopause — aussi appelé traitement hormonal substitutif — est largement utilisé pour soulager des symptômes parfois très invalidants : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, troubles du sommeil, baisse de la libido ou fragilisation osseuse. Pourtant, depuis plusieurs années, une inquiétude persiste : ces hormones pourraient-elles altérer la mémoire ou favoriser la démence avec l’âge ?
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Cette crainte repose sur des résultats scientifiques contradictoires, souvent amplifiés par des messages de prévention parfois alarmistes. Résultat : de nombreuses femmes, et même certains médecins, hésitent à prescrire ou à poursuivre ce traitement pourtant très efficace sur la qualité de vie.
Ce que montre réellement la nouvelle analyse
La revue systématique, dirigée par des chercheurs de l’University College London, n’a trouvé aucune preuve convaincante indiquant que le traitement hormonal augmente — ou diminue — le risque de démence.
Les études analysées montrent des associations faibles, parfois contradictoires, et surtout d’un niveau de certitude très bas. Certaines suggèrent un léger risque, d’autres un effet neutre, voire protecteur, mais aucune ne permet d’établir un lien de cause à effet.
La raison principale tient à la nature des données : la majorité des travaux sont observationnels. Ils permettent d’observer des tendances, mais pas de conclure formellement sur les effets directs des hormones sur le cerveau.
Une exception… très nuancée
Une seule étude randomisée a observé une augmentation du risque de démence chez des femmes de plus de 65 ans recevant un traitement à base d’œstrogènes seuls. Mais là encore, les auteurs soulignent que la fiabilité de ce résultat est faible, en raison d’un manque de précision statistique.
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Concrètement, cela représenterait environ six cas supplémentaires pour 1 000 femmes, un chiffre jugé faible et insuffisant pour tirer des conclusions générales. Les chercheurs insistent également sur un point clé : l’âge de début du traitement, le type d’hormones et le mode d’administration jouent un rôle déterminant.
Une position qui s’aligne avec les grandes institutions
Ces résultats confirment les conclusions de la Commission Lancet 2024 sur la démence, qui estimait déjà que les preuves étaient insuffisantes pour incriminer le traitement hormonal. Ils vont aussi dans le sens de la récente décision de l’Food and Drug Administration (FDA) américaine, qui prévoit de retirer certaines mises en garde excessives figurant sur ces médicaments.
En revanche, l’étude tempère l’idée, parfois relayée, selon laquelle le traitement hormonal pourrait protéger activement contre la maladie d’Alzheimer : là encore, les preuves manquent.
Ce que disent les chercheurs aujourd’hui
Le message est clair et nuancé : le traitement hormonal ne doit pas être prescrit dans le but de prévenir la démence, mais il n’augmente pas non plus le risque lorsqu’il est utilisé correctement.
Les bénéfices sur la qualité de vie restent, pour de nombreuses femmes en bonne santé, supérieurs aux risques potentiels, à condition que la prescription soit individualisée et suivie médicalement.
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Les chercheurs appellent néanmoins à davantage d’études de haute qualité, notamment chez les femmes ayant connu une ménopause précoce, après une hystérectomie ou une ablation des ovaires, des situations où les enjeux neurologiques semblent plus complexes.
Restaurer la confiance dans un traitement longtemps décrié
Après la publication d’études alarmantes au début des années 2000, les prescriptions de traitements hormonaux avaient chuté brutalement dans le monde. Avec le recul, ces travaux se sont révélés incomplets et parfois mal interprétés.
Cette nouvelle analyse marque une étape importante : elle ne banalise pas le traitement hormonal, mais elle le replace dans un cadre plus rationnel, fondé sur les données actuelles de la science.
Pour de nombreuses femmes, elle ouvre surtout la voie à une décision plus sereine, éclairée, et débarrassée d’une peur qui n’est plus étayée par des preuves solides.
Source de l’étude
Melville M. et al. Menopause hormone therapy and risk of dementia: a systematic review and meta-analysis.
Publié dans The Lancet Healthy Longevity (2026).
https://www.thelancet.com/journals/lanhl/article/PIIS2666-7568(25)00122-9/fulltext
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