Une étude publiée dans une revue du groupe The Lancet suggère que plusieurs troubles psychiques partagent un même symptôme central: un état d’alerte excessif du cerveau et du corps. Mais cet “hyperarousal” ne serait pas unique. Les chercheurs ont identifié sept formes différentes de cette hyperactivation.
Vous avez du mal à décrocher mentalement, même au moment de dormir ? Vous vous sentez souvent tendu, irritable, hypersensible ou en état d’alerte sans raison claire ? Ce phénomène, que les chercheurs appellent hyperarousal, pourrait jouer un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pensait dans plusieurs troubles psychiques fréquents.
Dans une étude publiée le 14 mars 2026 dans une revue du groupe The Lancet, des chercheurs néerlandais proposent une nouvelle lecture de cet état d’hyperactivation. Leur conclusion est claire : l’hyperarousal n’est pas un bloc unique. Il se décline en plusieurs dimensions, qui ne s’expriment pas de la même manière selon que l’on souffre d’insomnie, d’anxiété, de dépression, de stress post-traumatique ou de TDAH.
Un cerveau qui reste en alerte
L’hyperarousal désigne un état dans lequel le cerveau et le corps semblent rester activés en permanence. Cela peut se traduire par des pensées envahissantes, une tension intérieure, une difficulté à se détendre, une vigilance excessive, une irritabilité inhabituelle ou encore des troubles du sommeil.
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Ce symptôme est connu depuis longtemps dans l’insomnie, où de nombreuses personnes disent être épuisées physiquement, mais incapables de “faire taire” leur esprit au moment du coucher. Mais il est aussi fréquent dans les troubles anxieux, le stress post-traumatique, certains épisodes dépressifs et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Jusqu’ici, les spécialistes utilisaient des questionnaires différents selon les troubles étudiés. Le problème, c’est que cette approche rendait difficile une vision globale du phénomène.
Sept formes d’hyperactivation
Pour aller plus loin, les chercheurs ont analysé les réponses de centaines d’adultes présentant des profils psychiatriques variés. À partir de 221 questions issues de 18 questionnaires différents, ils ont identifié sept dimensions distinctes de l’hyperarousal.
La première est une hyperactivation anxieuse, marquée par l’inquiétude, l’anticipation du danger et les pensées tournées vers l’avenir. La deuxième correspond à une hyperactivation somatique, avec des manifestations physiques comme les palpitations, les tremblements ou la sensation de tension corporelle.
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Les chercheurs décrivent aussi une hyperactivation sensible, faite d’hypersensibilité émotionnelle et de réactivité accrue aux stimuli. Une autre dimension est plus spécifiquement liée au sommeil : elle associe ruminations nocturnes, tension mentale avant de dormir et difficulté à trouver le repos.
S’ajoutent ensuite une hyperactivation irritable, une hyperactivation vigilante, marquée par une attention excessive à l’environnement, et enfin une dimension dite sudomotrice, associée notamment à des sueurs, des bouffées de chaleur ou des réactions corporelles autonomes.
Chaque trouble a son propre profil
L’un des résultats les plus intéressants de l’étude est que ces dimensions ne sont pas réparties au hasard. Chaque trouble semble présenter un profil particulier.
L’insomnie est surtout liée à l’hyperactivation centrée sur le sommeil. Le trouble anxieux généralisé est plus fortement associé à la dimension anxieuse. Le trouble panique est davantage relié à l’hyperactivation somatique. La phobie sociale semble davantage liée à l’hypersensibilité. La dépression majeure, elle, ressort davantage du côté de l’irritabilité. Quant au stress post-traumatique, il se distingue surtout par une hypervigilance très marquée, associée parfois à des manifestations corporelles autonomes.
Le TDAH, lui, n’est pas dominé par une seule dimension, mais semble s’inscrire dans une combinaison plus diffuse, notamment autour de l’irritabilité, de l’agitation intérieure et de certaines difficultés liées au sommeil.
Autrement dit, plusieurs troubles peuvent partager un même état d’hyperactivation, mais pas sous la même forme.
Une piste pour mieux comprendre les troubles psychiques
Cette approche change le regard porté sur la santé mentale. Au lieu de raisonner uniquement maladie par maladie, les chercheurs proposent de s’intéresser à des mécanismes communs qui traversent plusieurs diagnostics.
C’est important, car dans la vraie vie, les troubles psychiques se chevauchent souvent. Une personne souffrant d’insomnie peut aussi présenter de l’anxiété. Une autre peut vivre avec un TDAH et un terrain dépressif. En identifiant plus précisément les formes d’hyperactivation en jeu, il pourrait devenir plus facile de comprendre ces chevauchements.
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Les auteurs estiment aussi que cette grille de lecture pourrait aider à mieux cibler les traitements. Une personne souffrant surtout d’hypervigilance n’a pas forcément besoin de la même prise en charge qu’une autre dont le problème principal est la rumination nocturne ou l’irritabilité.
Un nouvel outil pour les cliniciens et les chercheurs
À partir de leurs résultats, les chercheurs ont mis au point un questionnaire plus court de 27 items, conçu pour évaluer rapidement ces sept dimensions. Leur objectif est de fournir un outil simple, utilisable à la fois en recherche et en pratique clinique.
L’idée est de mieux repérer le type d’hyperactivation dominant chez une personne, au lieu de se contenter d’un score global ou d’un diagnostic large.
Même si ce questionnaire devra encore être testé dans d’autres populations, cette étude ouvre une piste intéressante: celle d’une psychiatrie plus fine, plus transversale, et peut-être plus proche de ce que vivent réellement les patients.
Quand le problème n’est pas seulement le stress
Ce travail rappelle enfin une chose essentielle : avoir le cerveau “toujours allumé” n’est pas seulement une impression vague ou une faiblesse personnelle. Cela peut correspondre à un ensemble de mécanismes psychiques et physiques bien réels, impliqués dans plusieurs troubles mentaux fréquents.
Et comprendre que cette hyperactivation a plusieurs visages pourrait aider, à terme, à mieux accompagner celles et ceux qui vivent avec l’impression de ne jamais réussir à vraiment se détendre.
Source
Bresser T., de Lange S.C., Rösler L., Blanken T.F., van der Sluis S., Van Someren E.J.W. Hyperarousal transdiagnostically dissected: different dimensions characterize mood, anxiety, insomnia, posttraumatic stress and attention deficit hyperactivity disorders. eClinicalMedicine (The Lancet Discovery Science), publié le 14 mars 2026.
https://www.thelancet.com/journals/eclinm/article/PIIS2589-5370(26)00057-X/fulltext
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