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Réseaux sociaux: pourquoi les Marocains restent (un peu) à l’abri de l’addiction numérique

Une étude internationale révèle que le Maroc échappe partiellement à l’explosion de l’usage intensif des réseaux sociaux observée dans la région MENA. Mais derrière cette relative “résistance”, les mêmes risques pour la santé mentale sont déjà bien présents.

Pendant que certaines sociétés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord basculent dans une hyperconnexion massive, le Maroc semble, pour l’instant, avancer à un rythme plus mesuré. C’est l’un des enseignements majeurs du World Happiness Report 2026, qui consacre un chapitre entier à l’impact des réseaux sociaux sur le bien-être dans la région.


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Dans cet ensemble marqué par une utilisation parmi les plus élevées au monde, le Royaume se distingue par un niveau d’usage intensif plus contenu. En moyenne, entre 20% et 40% des utilisateurs de la région passent plus de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux. Au Maroc, cette proportion tourne autour de 15%, un niveau nettement inférieur à celui observé dans des pays comme le Liban, où elle peut atteindre 45% .

Une “exception marocaine” relative

Ce qui frappe surtout les chercheurs, c’est que le Maroc ne suit pas la trajectoire d’explosion observée ailleurs. Alors que la part des utilisateurs intensifs progresse fortement dans plusieurs pays de la région depuis 2018, cette tendance apparaît beaucoup plus stable au Maroc .

Cette singularité ne signifie pas pour autant que les Marocains utilisent peu les réseaux sociaux. Bien au contraire : la région MENA affiche en moyenne environ trois heures d’usage quotidien, un niveau supérieur à la moyenne mondiale. Mais au Maroc, cette utilisation semble davantage contenue dans des formes modérées, loin des usages extrêmes qui caractérisent certains marchés.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. Les inégalités d’accès au numérique, les contraintes économiques, mais aussi des habitudes sociales encore fortement ancrées dans les interactions physiques et familiales contribuent à freiner une bascule totale vers l’hyperconnexion.

Les mêmes risques… dès que l’usage devient excessif

Car sur le fond, l’étude est formelle : dès que l’usage dépasse un certain seuil, les effets sur la santé mentale deviennent significatifs — et ce, quel que soit le pays.

Les chercheurs identifient un point de bascule clair autour de cinq heures par jour. En dessous, les différences de bien-être entre utilisateurs restent faibles. Au-delà, en revanche, les indicateurs se dégradent nettement.


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Dans la région, les utilisateurs intensifs présentent un risque plus élevé de symptômes dépressifs, avec une augmentation d’environ 7,5 points par rapport aux utilisateurs modérés. Le niveau de stress progresse également de manière significative, avec un écart de 6,6 points .

Autre phénomène marquant : ces utilisateurs ont davantage tendance à estimer que leur qualité de vie est inférieure à celle de leurs parents. Une perception qui traduit un malaise plus profond, alimenté par les comparaisons sociales constantes induites par les plateformes.

Le rôle clé des usages… plus que du temps

L’étude nuance toutefois l’idée d’un effet uniformément négatif. Tout dépend de la manière dont les réseaux sociaux sont utilisés.

Les usages centrés sur la communication — notamment via des applications comme WhatsApp — sont généralement associés à un meilleur bien-être, en particulier lorsqu’ils renforcent les liens familiaux et sociaux. À l’inverse, les plateformes visuelles comme Instagram ou TikTok, fortement basées sur la mise en scène de soi et la comparaison sociale, sont plus souvent liées à des effets négatifs.

L’exposition aux influenceurs accentue encore ces dynamiques. Chez les utilisateurs intensifs, suivre et interagir avec ces contenus augmente la probabilité de se sentir “moins bien loti” que ses parents, notamment lorsque ces interactions conduisent à consommer ou imiter des styles de vie idéalisés .

Une jeunesse marocaine en première ligne

Si le Maroc apparaît relativement protégé à l’échelle globale, cette moyenne masque des disparités importantes. Comme dans le reste de la région, les jeunes générations sont les plus exposées.


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La génération Z, en particulier, concentre les usages intensifs, avec une part importante de jeunes dépassant les cinq heures quotidiennes. Une réalité qui place la jeunesse marocaine au cœur des enjeux à venir, dans un contexte où les attentes sociales, professionnelles et économiques évoluent rapidement.

Entre opportunité et vulnérabilité

Au final, le cas marocain illustre une phase de transition. Le pays n’a pas encore basculé dans les excès observés ailleurs, mais il en présente déjà les signes avant-coureurs.

Les réseaux sociaux y jouent un rôle ambivalent : outil de connexion, d’information et d’expression, ils deviennent aussi, lorsqu’ils sont utilisés de manière intensive, un facteur de pression sociale et de fragilisation psychologique.

L’enjeu n’est donc pas tant de réduire leur usage que d’en transformer les pratiques. Car comme le rappelle l’étude, les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais en soi : tout dépend de la place qu’on leur accorde — et de la manière dont ils façonnent notre rapport au monde.

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Sarah Jaoui

About Author

Sarah Jaoui est journaliste spécialisée dans les sujets Famille, Sport et Société pour MieuxVivre.ma. Elle analyse les tendances du quotidien, les enjeux éducatifs et les dynamiques sociales afin d’aider les lecteurs à mieux comprendre et améliorer leur vie personnelle et familiale.

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