Des panais en provenance du Maroc ont fait l’objet d’une notification sanitaire en Espagne après la détection de résidus de pesticides supérieurs aux limites autorisées par l’Union européenne. L’affaire, signalée fin janvier via le système européen d’alerte rapide, relance le débat sur les contrôles aux frontières et la sécurité alimentaire.
Le 30 janvier 2026, les autorités espagnoles ont notifié une alerte à travers le RASFF, le mécanisme européen d’échange d’informations sur les risques liés aux denrées alimentaires et aux aliments pour animaux, rapporte le média espagnol Hortoinfo.
Lors d’un contrôle frontalier, des chirivias — également appelées panais ou carottes blanches — importées du Maroc ont présenté des résidus de chlorpyrifos à hauteur de 0,053 ± 0,027 mg/kg. Or, la limite maximale de résidus (LMR) autorisée dans l’Union européenne est fixée à 0,01 mg/kg, correspondant au seuil de détection en laboratoire.
Les analyses ont également révélé la présence de dithiocarbamates à 0,83 ± 0,42 mg/kg, alors que la LMR européenne est établie à 0,20 mg/kg.
Selon les informations publiées par le média spécialisé espagnol Hortoinfo, le lot aurait été libéré après réalisation des analyses.
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Le chlorpyrifos, substance interdite depuis 2019
Le chlorpyrifos est un insecticide organophosphoré longtemps utilisé pour lutter contre un large spectre d’insectes ravageurs. Mais en décembre 2019, la Commission européenne a décidé d’interdire totalement son usage dans l’Union européenne en raison de préoccupations liées à sa toxicité.
Plusieurs travaux scientifiques ont mis en évidence des risques potentiels pour le développement neurologique et la santé reproductive. Certaines études ont également suggéré un lien possible entre une exposition chronique et certains cancers, même si ces résultats continuent de faire l’objet de débats scientifiques.
Depuis cette interdiction, toute détection au-delà du seuil réglementaire dans des produits importés déclenche automatiquement une notification au niveau européen.
Des fongicides également pointés du doigt
Les dithiocarbamates constituent une famille de fongicides comprenant notamment le mancozeb, le maneb ou le tiram. Leur usage est encadré en Europe en raison de risques suspectés pour la thyroïde et d’autres effets endocriniens.
Le dépassement des seuils réglementaires ne signifie pas nécessairement un danger immédiat pour le consommateur, mais indique un non-respect des normes européennes en matière de résidus.
Comment fonctionne le système d’alerte européen ?
Le RASFF permet aux États membres de signaler rapidement tout produit alimentaire présentant un risque potentiel pour la santé publique.
Une notification peut entraîner :
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le retrait ou la destruction du lot concerné,
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un renforcement temporaire des contrôles sur la filière,
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une enquête sur l’origine de la contamination.
Dans certains cas, les lots peuvent être libérés si l’évaluation du risque conclut à une exposition jugée non préoccupante au regard des marges de sécurité toxicologique.
Un enjeu commercial et sanitaire sensible
Le Maroc figure parmi les principaux fournisseurs de fruits et légumes frais de l’Union européenne. Les échanges agricoles entre Rabat et Bruxelles sont stratégiques, tant sur le plan économique que diplomatique.
Ce type d’alerte reste ponctuel au regard du volume global des exportations, mais il peut alimenter les tensions commerciales, renforcer la vigilance des autorités européennes et susciter des interrogations dans l’opinion publique.
Pour les experts en sécurité alimentaire, l’essentiel réside dans la robustesse des contrôles et la transparence des procédures.
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Entre réglementation et confiance des consommateurs
Au-delà du cas précis des panais concernés, l’épisode rappelle une réalité : la sécurité alimentaire repose sur une chaîne complexe de responsabilités — producteurs, exportateurs, autorités nationales et européennes.
Dans un contexte de sensibilité accrue aux questions sanitaires, chaque alerte devient un signal politique autant qu’un enjeu de santé publique.
Aucune intoxication n’a été signalée à ce stade. Mais le débat, lui, est relancé.
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