Ballonnements, douleurs abdominales, alternance de diarrhée et de constipation… Pour les personnes atteintes du syndrome du côlon irritable, le Ramadan peut devenir un défi digestif. Faut-il renoncer au jeûne? Peut-on l’adapter? Les recommandations de la nutritionniste Maria Benjelloun et les données scientifiques permettent d’y voir plus clair.
Le syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelé côlon irritable, touche entre 5 et 10 % de la population mondiale selon les données publiées dans The Lancet Gastroenterology & Hepatology. Il se caractérise par des douleurs abdominales chroniques associées à des troubles du transit, sans lésion organique identifiable. Stress, alimentation, rythmes de vie irréguliers : de nombreux facteurs peuvent déclencher ou aggraver les symptômes.
Or, le Ramadan bouleverse précisément ces repères.
Un changement brutal de rythme digestif
Pendant le mois sacré, l’organisme passe d’une alimentation répartie sur la journée à deux repas principaux concentrés la nuit. Ce changement modifie la motricité intestinale et les sécrétions digestives.
Des travaux publiés dans World Journal of Gastroenterology ont montré que les modifications des horaires alimentaires influencent la sensibilité intestinale et la flore digestive. Chez les personnes atteintes de SII, cette adaptation peut se traduire par une recrudescence des douleurs et des ballonnements.
La nutritionniste Maria Benjelloun confirme ce risque : « Chez les personnes qui ont le côlon irritable, le jeûne peut entraîner des épisodes répétés de constipation et de diarrhée si l’alimentation n’est pas adaptée. »
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L’avis médical, étape indispensable
Pour la spécialiste, la règle est claire : toute personne atteinte d’une pathologie chronique doit consulter son médecin avant de décider de jeûner. « Chaque cas est particulier. Seul le médecin traitant peut autoriser le jeûne et adapter le traitement si nécessaire », rappelle-t-elle.
Les recommandations internationales vont dans le même sens. Les sociétés savantes de gastroentérologie insistent sur l’individualisation des décisions, notamment en cas de douleurs sévères ou de déséquilibres digestifs fréquents.
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Des horaires réguliers pour stabiliser l’intestin
Si le jeûne est autorisé médicalement, la priorité devient la régularité. Maria Benjelloun insiste sur le respect strict des horaires des repas nocturnes. « Il faut manger à heure fixe pour éviter de perturber davantage le système digestif », explique-t-elle.
Les études sur le rythme circadien montrent que l’intestin fonctionne selon une horloge biologique. Des horaires anarchiques peuvent amplifier l’hypersensibilité intestinale propre au SII.
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Éviter les excitants et les irritants
Le thé, le café, le chocolat ou les épices fortes sont connus pour stimuler la motricité intestinale et aggraver les symptômes chez certains patients. « Il faut éviter tout ce qui est excitant », conseille Maria Benjelloun. Les fibres insolubles, présentes notamment dans certains légumes crus ou céréales complètes, peuvent également majorer les douleurs.
Les recommandations scientifiques sur le SII rejoignent ce conseil : un régime pauvre en FODMAPs (certains sucres fermentescibles) a démontré son efficacité pour réduire les symptômes chez une partie des patients, selon des études publiées dans Gastroenterology.
Miser sur des préparations douces
La nutritionniste recommande des préparations simples, à base d’herbes aromatiques plutôt que d’épices agressives. L’ajout d’un filet d’huile d’olive en fin de cuisson peut améliorer la tolérance digestive.
Les fibres solubles — comme celles présentes dans l’avoine ou certaines graines — sont généralement mieux tolérées que les fibres insolubles. Elles agissent comme un « pansement intestinal », ralentissant la fermentation excessive et régulant le transit.
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Hydratation nocturne : un levier essentiel
La déshydratation peut accentuer la constipation, fréquente chez certaines personnes atteintes de SII. Les recommandations médicales insistent sur une hydratation suffisante entre l’iftar et le suhoor.
Boire progressivement de l’eau tout au long de la soirée permet de limiter l’impact du jeûne sur le transit.
Une adaptation plutôt qu’une interdiction
Le Ramadan ne signifie pas nécessairement aggravation systématique des symptômes. Certaines personnes atteintes de SII rapportent même une amélioration lorsqu’elles réduisent le grignotage et adoptent des repas structurés.
Mais l’équilibre reste fragile. L’essentiel, selon Maria Benjelloun, est d’écouter son corps et de ne pas banaliser la douleur persistante. « Le jeûne ne doit jamais se faire au détriment de la santé », rappelle-t-elle.
Le côlon irritable nécessite une approche personnalisée pendant le Ramadan. Avis médical préalable, régularité des repas, alimentation douce, hydratation nocturne et éviction des irritants constituent les piliers d’un jeûne plus serein.
Le mois sacré peut être vécu sans aggraver les symptômes, à condition d’adapter intelligemment ses habitudes alimentaires.
Ramadan et côlon irritable
Peut-on jeûner avec un côlon irritable?
Oui, mais uniquement après avis médical. Le syndrome de l’intestin irritable (SII) réagit fortement aux changements de rythme alimentaire. Certaines personnes peuvent jeûner sans aggravation des symptômes, tandis que d’autres voient leurs douleurs et troubles du transit s’intensifier. Chaque situation doit être évaluée individuellement.
Le Ramadan peut-il aggraver les symptômes du côlon irritable?
Le changement brutal d’horaires alimentaires, la déshydratation et les repas copieux peuvent accentuer les ballonnements, douleurs abdominales et troubles du transit. Les personnes sensibles aux excitants, aux épices ou aux fibres insolubles doivent redoubler de vigilance pendant le Ramadan.
Quels aliments privilégier en cas de côlon irritable pendant le Ramadan?
Il est conseillé d’opter pour des repas simples, peu épicés, riches en fibres solubles et bien répartis entre l’iftar et le suhoor. Les préparations légères à base d’herbes aromatiques, l’huile d’olive en petite quantité et une hydratation progressive durant la nuit sont généralement mieux tolérées.
Faut-il éviter le thé et le café en cas de SII pendant le jeûne?
Oui, chez de nombreuses personnes atteintes de côlon irritable, le thé, le café et le chocolat peuvent stimuler excessivement l’intestin et aggraver les symptômes. Il est préférable de limiter ces excitants, surtout le soir.
La déshydratation influence-t-elle le côlon irritable?
Oui. Un apport insuffisant en eau peut accentuer la constipation, fréquente chez certains patients atteints de SII. Il est important de boire régulièrement entre le coucher du soleil et l’aube afin de maintenir un transit plus stable.
Le jeûne peut-il parfois améliorer les symptômes?
Chez certaines personnes, la réduction du grignotage et des repas irréguliers peut stabiliser le système digestif. Toutefois, cela dépend du profil du patient et de la qualité de l’alimentation nocturne.
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