Une équipe de chercheurs japonais révèle que les adolescents vivant avec un chien présentent moins de problèmes sociaux, de comportements agressifs et de troubles émotionnels. Un effet protecteur qui pourrait passer… par les microbes.
Depuis plusieurs années, les scientifiques s’interrogent sur le rôle positif que les animaux de compagnie, et en particulier les chiens, pourraient jouer sur notre santé mentale. Une nouvelle étude japonaise apporte un éclairage inédit en suggérant que cet impact bénéfique pourrait en partie s’expliquer par la microbiologie. Selon les travaux menés par le professeur Takefumi Kikusui, de l’Université Azabu, les chiens ne se contenteraient pas de réduire le stress ou de stimuler l’ocytocine – l’hormone du lien social : ils pourraient également enrichir la flore microbienne des adolescents, influençant ainsi leur comportement. C’est ce qu’a révélé le Guardian dans un article publié le 3 décembre 2025.
Lire aussi: Les 7 races de chiens les mieux adaptées aux enfants (photos)
Les chercheurs ont analysé les données de 343 adolescents en bonne santé mentale et physique participant au Tokyo Teenager Cohort Study. Parmi eux, 96 vivaient avec un chien. En comparant leurs parcours, l’équipe a constaté que les jeunes propriétaires de chiens à l’âge de 13 ans présentaient, un an plus tard, des scores nettement plus faibles en matière de retrait social, de comportements agressifs, de problèmes de pensée ou encore de comportements délinquants. Ces résultats renforcent l’idée que la présence d’un animal familier pourrait jouer un rôle dans la construction émotionnelle et sociale de l’adolescent, à un moment clé du développement.
Le comportement social modulé
Pour explorer les mécanismes possibles derrière cet effet, les auteurs se sont penchés sur la salive des participants. Ils ont constaté que si de nombreuses bactéries étaient partagées entre les adolescents, certains microbes – notamment des souches de Streptococcus et de Prevotella – étaient nettement moins abondants chez ceux ne possédant pas de chien. Afin de tester l’impact de ces différences, les chercheurs ont transplanté les microbes salivaires des adolescents dans des souris dépourvues de microbiote. Les animaux ayant reçu les bactéries provenant de jeunes propriétaires de chiens se montraient plus sociables, approchaient davantage leurs congénères piégés et semblaient exprimer une forme primitive d’empathie, un comportement parfois appelé « préoccupation empathique ». Ces résultats, détaillés dans la revue iScience, suggèrent que la microbiote pourrait moduler certains aspects du comportement social.
Lire aussi: Si votre chien se lèche les pattes, ce n’est pas “rien”
Pour autant, les chercheurs restent prudents. Ils soulignent n’avoir pas analysé les microbes présents chez les chiens eux-mêmes, ce qui laisse ouverte la question de l’origine exacte des variations observées. Le professeur Kikusui rappelle également qu’il est difficile de déterminer si ces différences microbiennes proviennent réellement de la cohabitation avec un chien ou si elles résultent d’une réduction du stress chez les adolescents concernés, ce qui pourrait indirectement modifier leur microbiome. D’autres chercheurs, comme le professeur Stefan Reber de l’Université d’Ulm, confirment cette prudence en rappelant que, pour l’instant, seule une corrélation a été démontrée entre la présence d’un chien et la composition de la flore salivaire des adolescents – et non un lien de causalité.
Des liens très profonds
Cette étude, qui s’inscrit dans un champ de recherche en pleine expansion, ouvre néanmoins des perspectives fascinantes sur l’interaction entre humains, animaux et microbes. Mais les auteurs insistent sur un point : elle ne signifie pas que tout le monde doit adopter un chien. Selon Kikusui, maintenir une microbiote diversifiée – par l’alimentation, l’exposition à la nature ou les interactions sociales – pourrait suffire à améliorer certains aspects du bien-être mental. Il rappelle également que la possession d’un chien comporte des responsabilités et peut devenir une source de stress lorsque l’animal présente des troubles du comportement ou des difficultés d’adaptation.
Ces résultats offrent ainsi une nouvelle compréhension de la manière dont nos relations avec les animaux peuvent influencer notre santé. S’ils ne répondent pas à toutes les questions, ils illustrent l’importance croissante du microbiome dans la recherche en psychologie et en bien-être. Le lien entre humains et chiens, déjà bien documenté sur le plan émotionnel, pourrait donc avoir des racines bien plus profondes qu’on ne l’imaginait.
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.














