Chroniques d’une métamorphose inversée

Chroniques d’une métamorphose inversée. La digue intérieure

Azzouz Said écrit depuis un entre-deux. Entre ce qui se calcule et ce qui se tait, entre les jours qui s’enchaînent et les failles qu’on dissimule. Ses chroniques s’adressent à celles et ceux qui doutent sans renoncer, qui avancent sans certitude, et qui savent que la lucidité n’exclut ni la tendresse, ni la poésie.

Quand dire non ?

Quand arrêter ?
Et surtout… quand laisser respirer ?

On nous apprend à tenir.
À encaisser.
À être “fort”.
Et au Maroc, la force a souvent le visage du silence.

On dit : “Sber.”
On dit : “Ma3lich.”
On dit : “Allah yjib li fiha khir.”
Et on avance.

Mais à force d’avancer, on oublie une chose simple :
même la mer a besoin de marée basse.
Même la terre a besoin de repos.
Même le cœur a besoin de temps mort.

Sinon, ça déborde.

Il y a en nous une digue.
Une digue invisible.
Elle retient tout ce qu’on ne dit pas :
les humiliations qu’on avale,
les fatigue qu’on maquille,
les “ça va” automatiques,
les colères transformées en migraines,
les tristesses camouflées sous des blagues.


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On empile en se disant : “ça ira.”
On se rassure avec des promesses : après ce projet, après ce mois, après cette CAN, après cette année.

Mais l’intérieur n’obéit pas au calendrier.

L’intérieur obéit à la pression.

Et un jour, sans prévenir, la digue craque.
Pas forcément avec des cris.
Parfois avec un simple oubli : une clé perdue, une réponse trop sèche, une larme dans la voiture, un souffle coupé dans l’escalator.
Parfois avec un corps qui refuse : insomnie, vertiges, douleur au dos, palpitations, boule au ventre comme si tu passais un examen… pour aller travailler.

Le problème, ce n’est pas de “ne pas être fort”.
Le problème, c’est d’avoir confondu force et noyade.

Dire non, ce n’est pas être ingrat.
Ce n’est pas être faible.
Ce n’est pas manquer de respect.

Dire non, c’est parfois sauver ce qui reste de vivant en toi.

On parle souvent de la digue comme d’un mur.
Moi je la vois plutôt comme un barrage.
Et un barrage, si tu ne l’ouvres jamais, il devient dangereux.

Il faut laisser passer un peu d’eau.
De temps en temps.

Laisser sortir ce qu’on retient :
un “je suis fatigué”,
un “j’en peux plus”,
un “pas aujourd’hui”,
un “je ne peux pas”,
un “je ne veux pas”.

C’est ça, laisser respirer.

Ce n’est pas abandonner.
C’est ventiler.

Parce que si tu ne fais pas de place à l’air, tu fabriques de la suffocation.

Moi, je commence à apprendre une règle simple :
quand mon corps parle plus fort que ma bouche, c’est que j’ai déjà trop attendu.

Quand le cœur bat comme si je jouais ma vie pour un mail.
Quand mon souffle devient court pour une réunion.
Quand je me surprends à rêver d’un accident juste pour avoir une excuse de ne pas y aller.
(Et je dis ça sans romantiser. Juste pour nommer ce que beaucoup taisent.)


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Là, je sais.

Ce n’est pas le moment de “tenir”.
C’est le moment d’ouvrir la digue.

Pas pour inonder les autres.
Mais pour ne pas me noyer moi.

Alors quand dire non ?

Quand tu commences à devenir étranger à toi-même.
Quand tu dis oui avec la bouche et non avec le ventre.
Quand ton âme se met en mode économie d’énergie.

Et quand arrêter ?

Quand continuer te coûte plus cher que ce que ça te rapporte.
Pas en argent.
En toi.

Parce qu’on peut payer beaucoup de choses dans la vie.

Mais payer avec sa respiration, c’est trop.

Aujourd’hui, je ne cherche pas à être un héros.
Je cherche à être un être humain.

Et parfois, être humain, c’est simplement ça :
savoir arrêter avant de se briser.

Ouvrir la digue intérieure.
Laisser passer l’air.
Et se rappeler que respirer n’est pas un luxe.

C’est le minimum.

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Azzouz Said

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