Journal d'un père (presque) ordinaire

Journal d’un père (presque) ordinaire — Épisode 4. Retour au bureau

Trois jours de congé, un retour au bureau précipité et une avalanche de questions existentielles. Entre injonctions sociales, paternité naissante et quête de sens, découvrez le quatrième épisode du Journal d’un père (presque) ordinaire.

Trois jours. Pas un de plus.
Voilà ce que le gouvernement accorde aux papas pour leur congé paternité. Enfin, pour ceux du secteur privé. Car les fonctionnaires, eux, ont droit à quinze jours.

Donc, en trois jours, les pères sont censés tout faire: courir dans tous les sens pour acheter les produits de première nécessité du bébé, accomplir toute la paperasse administrative kafkaïenne, gérer le tohu-bohu familial et, bien sûr, ne pas dormir.


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Et au bout de ces trois jours, on est enjoints à retrouver ses valeureux collègues. Bien entendu, je me suis exécuté.

En arrivant au bureau, on se sent comme un extraterrestre. Passés les « mabrouk » d’usage et les regards quelque peu scrutateurs, mon N+1 m’appelle.

Alors, ça fait quoi d’être papa ?
Ça fait plaisir, répondis-je machinalement.

Tu sais, quand j’ai eu mon premier enfant, ma vie a complètement changé. Et moi aussi, d’ailleurs. Je suis devenu plus responsable. Plus méticuleux. C’est comme si j’avais fait l’armée. Je suis devenu une bête de travail.

« Cette journée au travail m’a paru interminable. D’autant plus interminable que je me sentais littéralement épié par des collègues aux sourires niais. »

Bien sûr, il n’a pas pu s’empêcher de glisser son petit coup de pression. Tandis que moi, je ne voulais qu’une seule chose: retrouver mon bureau.

Tiens, c’est pour toi.

J’ouvre la lettre qu’il me tend. Un bon d’achat de 1 000 dirhams chez Babyshop.

Tu en auras bien besoin, crois-moi. Ne serait-ce que pour acheter les couches.


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Purée. J’ai l’impression d’avoir pris un sacré coup de vieux. Cette journée au travail m’a paru interminable. D’autant plus interminable que je me sentais littéralement épié par des collègues aux sourires niais.

Et s’il avait raison ?
Et si je devenais plus « responsable », comme il dit. Plus calculateur. Plus consciencieux.
Est-ce bien ça, la vie ? Se ranger ? Définir un cadre à l’intérieur duquel on est bloqué à vie ?

Est-on vraiment obligé de subir la paternité ?

Non. Je ne peux pas y croire.
Ma vie ne se termine pas avec la naissance de ma fille.

Cette réflexion m’a été éprouvante. Je me suis soudain vu comme un cliché. Et moi, je déteste le conformisme. Non pas par je ne sais quel ego mal placé, mais parce que je suis un torturé de l’esprit. Croyez-le ou non. À trente-trois ans, je cherche encore un sens à ma vie. Et ce n’est pas en devenant père que, comme par magie, ce sens m’est soudain apparu comme une évidence. Non.

« Comment subviendrai-je à ses besoins ? En restant esclave de ce système absurde où l’on vend des produits inutiles à des gens qui n’en ont pas besoin ? »

Cette quête de sens m’est d’autant plus insupportable que je prends peu à peu conscience d’une autre responsabilité: celle de devoir, peut-être, donner un sens à la vie de ma fille.

Pourquoi l’ai-je enfantée, d’ailleurs ?
Quel avenir aura-t-elle ?
Comment subviendrai-je à ses besoins ?
En restant esclave de ce système absurde où l’on vend des produits inutiles à des gens qui n’en ont pas besoin ?
Dans un pays où la modernité de façade côtoie la pensée magique ?
Dans un monde qui semble à l’aube d’un écocide ?


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Soudain, mon téléphone sonne. C’est ma femme.

Il faut que tu ramènes des couches et une crème de change à Tilila. En bio, s’il te plaît. D’ailleurs, à quelle heure tu rentres ? Ne tarde pas, on a besoin de toi. Elle n’arrête pas de pleurer.

Je raccroche.
Je récupère le bon d’achat.
Et je me dirige vers Babyshop.


NB: Cette chronique relève de la fiction. Elle s’inspire du réel sans prétendre le reproduire et emprunte aux personnages comme aux situations la liberté propre au récit.

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Ryad Mabsout

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