Violet, sucré, sans caféine et omniprésent sur TikTok: l’ube latte s’impose dans les cafés du monde entier. Mais cette nouvelle boisson tendance a-t-elle vraiment quelque chose du matcha, ou n’est-ce qu’un phénomène esthétique porté par les réseaux ?
À première vue, rien ne prédestinait l’ube — un igname violet originaire des Philippines — à devenir la nouvelle obsession des amateurs de boissons “wellness”. Utilisé depuis des générations dans les desserts philippins, ce tubercule à la couleur spectaculaire est longtemps resté un ingrédient local, associé aux pâtisseries traditionnelles comme le halaya ou l’ube ice cream. Mais en quelques mois, une vague violette a déferlé sur les cafés branchés de Los Angeles à Tokyo, transformant l’ube en star d’Instagram, où le #ubelate accumule déjà des millions de vues. Si le matcha a eu sa décennie, l’ube semble vouloir lui ravir la première place des boissons stylisées — celles qui se photographient avant de se boire.
@les_recettes_de_margaux UBE LATTE 💜🍠 Cette boisson va remplacer le matcha selon certains médias food ! Tu penses que ce sera le cas ? 🤷♀️ INGRÉDIENTS (1 tasse) : • 250ml de lait • 45ml d’eau • 1-2 c. à café de poudre d’ube • 1 c. à c. de sucre #ube #ubelatte #boisson #recetteboisson
L’esthétique joue évidemment un rôle majeur. Le violet naturel de l’ube, dû aux anthocyanes (les mêmes pigments que dans les myrtilles ou le chou rouge), crée des dégradés hypnotiques lorsqu’il est mélangé au lait. Là où le matcha évoquait le zen japonais et les matinées detox, l’ube incarne une douceur pop, sucrée, visuelle, presque ludique. Ce n’est pas un hasard si la première explosion de la tendance est venue de TikTok: le violet est devenu un symbole esthétique du “self-care” moderne, un refuge coloré contre l’uniformité du quotidien.
La comparaison avec le matcha: un raccourci surtout esthétique
Si l’ube est souvent décrit comme “le nouveau matcha”, la comparaison tient davantage du marketing que de la science. Le matcha est un thé vert japonais hautement concentré en caféine et en L-théanine, un acide aminé associé à la concentration et à la réduction du stress. Il a fait l’objet de centaines d’études sur l’attention, l’énergie douce, le métabolisme et les antioxydants. L’ube, lui, n’est pas une feuille, mais une racine. Il ne contient aucune caféine, aucune théanine, aucune molécule psychoactive identifiée.
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Nutritionnellement, les deux ne jouent pas dans la même catégorie. L’ube est riche en anthocyanes, ces antioxydants présents dans les aliments violets; plusieurs études montrent que ces pigments ont un potentiel anti-inflammatoire et protecteur pour le système cardiovasculaire. Mais aucune recherche solide ne s’est penchée spécifiquement sur l’ube: les bénéfices attribués reposent donc sur des extrapolations provenant d’autres aliments violets. Rien, aujourd’hui, ne permet de dire que l’ube améliore l’énergie ou la concentration comme le matcha. Et surtout: les ube lattes populaires sont souvent sucrés, lactés et positionnés comme des desserts liquides — un format qui n’a rien à voir avec la fonction “boisson santé” que le matcha a endossée.
Un succès qui raconte notre rapport contemporain à l’alimentation
Le succès de l’ube ne s’explique pas seulement par la couleur. Il révèle un glissement culturel: après les années “détox” dominées par le matcha, le kéfir ou le kombucha, une nouvelle génération cherche des rituels plus doux, plus sucrés, plus sensoriels, moins anxiogènes. L’ube coche toutes les cases: pas de caféine, pas d’excitation nerveuse, une texture crémeuse, un goût dessert, une image réconfortante. Là où le matcha imposait une discipline — fouetter, doser, apprécier l’amertume — l’ube invite à un plaisir plus accessible.
Si le matcha est devenu un symbole de raffinement japonais, l’ube pourrait bien devenir celui d’une créativité philippine assumée, joyeuse, populaire.
Cette tendance s’inscrit aussi dans un mouvement plus large: la valorisation des cuisines asiatiques, africaines et latino-américaines dans l’espace global. L’ube, ingrédient fondamental de l’identité culinaire philippine, trouve une nouvelle visibilité, célébrée par une diaspora qui voit dans sa popularité une revanche symbolique. Si le matcha est devenu un symbole de raffinement japonais, l’ube pourrait bien devenir celui d’une créativité philippine assumée, joyeuse, populaire.
Alors, l’ube est-il vraiment le nouveau matcha?
Sur le plan nutritionnel, la réponse est non: l’ube ne possède ni les propriétés stimulantes du matcha, ni la densité d’études qui entourent le thé vert. Sur le plan culturel, la réponse est peut-être: l’ube incarne une nouvelle manière d’aborder les boissons bien-être, moins tournée vers la performance et plus vers le réconfort. Sur le plan esthétique, en revanche, il est déjà victorieux: son violet magnétique est devenu l’une des couleurs dominantes des cafés branchés, au point de définir un style.
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Et peut-être que c’est là l’essentiel. Le matcha avait la sobriété. L’ube a la douceur. L’un invitait à la maîtrise. L’autre invite à la tendresse. S’ils se croisent aujourd’hui dans les mêmes cafés, ils ne jouent pas vraiment le même rôle: l’un stimule, l’autre apaise. Et c’est peut-être pour cela qu’ils se complètent plus qu’ils ne se remplacent.
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