De plus en plus de Marocains cumulent plusieurs activités professionnelles : graphiste et prof de yoga, journaliste et rédacteur web, salarié et artisan. Ce phénomène, appelé slashing (du mot anglais slash – la barre “/”), traduit une évolution profonde du rapport au travail. Dans un monde en quête de sens et de flexibilité, le slasher devient le symbole d’une génération qui refuse la routine et cherche à diversifier ses sources d’épanouissement comme de revenus.
Le slashing s’est imposé avec la montée du télétravail, du freelancing et des plateformes numériques. Selon une étude conjointe de Malt et Boston Consulting Group publiée en 2024, plus de 35 % des actifs en Europe exercent au moins deux métiers (source).
Une tendance similaire se dessine au Maroc, portée par la généralisation du statut d’auto-entrepreneur : selon le Haut commissariat au plan (HCP), le nombre d’inscriptions a augmenté de près de 40 % entre 2020 et 2024, reflet d’un désir croissant d’indépendance.
Ce mode de vie séduit pour sa flexibilité : il permet de combiner une activité stable avec une passion rémunératrice, ou d’explorer de nouveaux horizons professionnels sans tout quitter. Le slasher revendique le droit de ne pas se limiter à une seule étiquette, dans un contexte où la quête de sens prime sur la carrière linéaire.
Les avantages : diversité et autonomie
Cumuler plusieurs activités peut être une source de stimulation intellectuelle. Passer d’un métier à un autre favorise la créativité, la polyvalence et la capacité d’adaptation — des qualités de plus en plus recherchées. C’est aussi une manière de réduire la dépendance à un seul revenu, dans un contexte économique incertain.
Une enquête menée par LinkedIn Work Trend Index (2023) souligne que 58 % des jeunes actifs se déclarent “ouverts à exercer plusieurs métiers dans leur vie”. Pour beaucoup, le slashing permet de reprendre le contrôle sur leur temps, de multiplier les expériences et de refuser la hiérarchie unique.
Les limites : surcharge mentale et précarité
Mais cette liberté a un prix. Jongler entre plusieurs activités implique une grande discipline et une gestion fine du temps. Sans structure claire, le slasher risque la dispersion et, à terme, la fatigue mentale.
Une étude publiée dans Frontiers in Psychology (2023) montre que les travailleurs exerçant plusieurs métiers ont un risque accru de stress chronique et de surcharge cognitive, notamment en l’absence de cadre organisationnel clair. L’absence de protection sociale ou de stabilité de revenu peut également générer une inquiétude financière constante, surtout pour les freelances sans mutuelle ni retraite complémentaire.
Le défi n’est donc pas seulement d’organiser son emploi du temps, mais aussi de préserver sa santé mentale en apprenant à ralentir.
Vers une nouvelle culture du travail
Le slashing n’est ni une mode ni une fuite. Il reflète un changement de paradigme : l’idée que l’identité professionnelle peut être multiple, évolutive et choisie. Dans une société où les carrières à vie disparaissent, cette pluralité devient une réponse réaliste et parfois salvatrice.
Le sociologue du travail Richard Sennett l’avait déjà anticipé dans son ouvrage The Corrosion of Character (Harvard University Press, 1998), en montrant que la flexibilité moderne, si elle libère, peut aussi fragiliser les repères identitaires. Aujourd’hui, cette tension reste au cœur du slashing : comment être libre sans se perdre ?
Le slashing peut être une formidable opportunité de liberté et d’épanouissement — à condition d’être pratiqué avec conscience. Multiplier les activités ne doit pas signifier se disperser, mais construire un équilibre qui respecte son rythme, ses besoins et sa santé mentale.
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