Santé

Fumer augmente le risque de dépression, selon une vaste étude

Le tabagisme est depuis longtemps associé aux maladies physiques, mais son impact sur la santé mentale est moins connu. Une vaste étude européenne montre aujourd’hui que fumer est lié à un risque accru de dépression, et que l’arrêt du tabac s’accompagne d’une amélioration durable des symptômes.

On sait depuis longtemps que le tabac nuit au cœur, aux poumons et à l’espérance de vie. Mais son impact sur la santé mentale reste souvent relégué au second plan, comme s’il était secondaire ou indirect. Une étude d’envergure publiée en décembre 2025 dans la revue scientifique BMC Public Health vient pourtant rappeler une réalité plus dérangeante : le lien entre tabagisme et dépression est solide, mesurable, et suit une logique dose-effet.

174 000 adultes inclus dans l’étude

Les chercheurs se sont appuyés sur les données de la German National Cohort (NAKO), l’une des plus vastes études de population en Europe. Près de 174 000 adultes, âgés de 19 à 72 ans, ont été inclus dans l’analyse. Leur état dépressif a été évalué à l’aide de diagnostics médicaux déclarés, d’entretiens psychiatriques standardisés et d’un questionnaire clinique reconnu, le PHQ-9. Le tabagisme, lui, a été documenté avec précision : statut actuel ou passé, nombre de cigarettes par jour, âge de début et durée depuis l’arrêt.

Les résultats sont sans ambiguïté. La dépression est nettement plus fréquente chez les personnes qui fument ou ont fumé que chez celles qui n’ont jamais touché à la cigarette. En moyenne, les chercheurs observent que les fumeurs actuels présentent le niveau le plus élevé de symptômes dépressifs, suivis des ex-fumeurs, puis des non-fumeurs. Cette hiérarchie se retrouve aussi bien pour les épisodes dépressifs passés que pour les symptômes présents au moment de l’étude.


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L’un des apports majeurs de ce travail réside dans la mise en évidence d’un effet dose-réponse. Plus la consommation quotidienne de cigarettes est élevée, plus les symptômes dépressifs sont sévères. Chaque cigarette supplémentaire est associée à une légère mais significative augmentation du score de dépression. Ce constat renforce l’hypothèse d’un lien biologique ou neurochimique entre la nicotine et la régulation de l’humeur, au-delà des simples facteurs sociaux ou comportementaux.

La dépression diminue après l’arrêt

L’étude montre également que le moment où l’on commence à fumer compte. Les personnes ayant débuté le tabac plus tôt dans la vie tendent à développer des épisodes dépressifs plus précocement. Dans la grande majorité des cas analysés, le tabagisme précède l’apparition de la dépression, ce qui va à l’encontre de l’idée selon laquelle les individus fument principalement pour « soulager » un mal-être déjà installé. Le tabac semble plutôt participer à fragiliser l’équilibre psychique sur le long terme.

À l’inverse, les données apportent un message plus encourageant concernant l’arrêt du tabac. Plus le temps écoulé depuis le sevrage est long, plus les symptômes dépressifs tendent à diminuer. Les chercheurs observent que les personnes ayant arrêté depuis plusieurs années présentent non seulement moins de symptômes actuels, mais aussi des périodes plus longues sans rechute dépressive. Autrement dit, les bénéfices de l’arrêt ne sont pas seulement physiques : ils sont aussi psychiques, et s’inscrivent dans la durée.


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Les auteurs restent prudents sur la question de la causalité stricte. L’étude est observationnelle, ce qui signifie qu’elle ne permet pas d’affirmer avec certitude que le tabac « cause » la dépression. La relation peut être bidirectionnelle : la dépression peut aussi favoriser l’entrée dans le tabagisme ou rendre l’arrêt plus difficile. Mais la cohérence des résultats, la taille exceptionnelle de l’échantillon et la présence d’effets dose et temporels renforcent fortement l’hypothèse d’un rôle actif du tabac dans la dégradation de la santé mentale.

Pour les chercheurs, ces résultats ont des implications claires en matière de santé publique. Prévenir l’entrée dans le tabagisme, accompagner le sevrage et intégrer systématiquement la santé mentale dans les politiques de lutte contre le tabac pourraient permettre de réduire, à terme, le poids de la dépression dans la population. Le tabac apparaît ainsi non seulement comme un facteur de maladies chroniques, mais aussi comme un levier modifiable de bien-être psychique.


Source

Maja P. Völker et al., From cigarettes to symptoms: the association between smoking and depression in the German National Cohort (NAKO), BMC Public Health, 2025/2026. DOI: 10.1186/s12889-025-25959-0

 

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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