À Los Angeles, un jury californien a rendu, mercredi, un verdict qui pourrait marquer un tournant dans la régulation des plateformes numériques. Instagram et YouTube ont été jugés responsables d’avoir contribué à la dégradation de la santé mentale d’une jeune Américaine, aujourd’hui âgée de 20 ans. Une décision inédite, appelée à faire jurisprudence dans des milliers de procédures similaires engagées aux États-Unis.
Au cœur de cette affaire, la trajectoire de Kaley G.M., devenue, selon ses propres mots, une utilisatrice compulsive des réseaux sociaux dès l’enfance. Le jury a estimé que Meta, maison mère d’Instagram, et YouTube, filiale de Google, avaient fait preuve de négligence dans la conception de leurs plateformes, notamment en ne protégeant pas suffisamment les mineurs ni en alertant sur les risques associés à une utilisation intensive.
Après huit jours de délibérations, les jurés ont conclu que ces manquements avaient constitué un « facteur substantiel » dans les troubles dont souffre la plaignante, notamment dépression, anxiété et idées suicidaires. Les deux entreprises ont été condamnées à lui verser au moins 3 millions de dollars de dommages et intérêts.
Intention de nuire
Mais l’enjeu financier pourrait rapidement s’alourdir. Par une majorité de 10 voix contre 2, le jury a également retenu l’existence d’une intention de nuire, ouvrant la voie à des dommages punitifs supplémentaires, dont le montant doit être fixé lors d’une audience ultérieure.
Ce jugement intervient à l’issue de six semaines de débats particulièrement suivis. Il s’inscrit dans un contexte judiciaire plus large, marqué par une multiplication des plaintes visant les grandes plateformes technologiques. Des milliers de dossiers similaires sont actuellement en cours aux États-Unis, visant également TikTok et Snapchat, qui ont choisi, dans cette affaire, de conclure un accord confidentiel avec la plaignante pour éviter un procès.
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Dans un bref communiqué, Meta a indiqué être « respectueusement en désaccord » avec la décision et examiner les recours possibles. Le groupe avait déjà été condamné, la veille, dans une autre affaire au Nouveau-Mexique, pour avoir exposé des mineurs à des contenus dangereux.
Au-delà de ce cas individuel, le cœur du débat porte moins sur les contenus eux-mêmes — largement protégés par la législation américaine — que sur l’architecture des plateformes. Les plaignants accusent les réseaux sociaux d’avoir été conçus pour capter l’attention de manière addictive, à travers des mécanismes désormais bien identifiés : défilement infini, notifications constantes, lecture automatique ou encore filtres valorisant l’image.
Agir plus tôt
Lors du procès, Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook et dirigeant de Meta, a reconnu que son entreprise « aurait pu » agir plus tôt pour empêcher l’inscription des utilisateurs de moins de 13 ans sur Instagram.
De son côté, YouTube a adopté une ligne de défense plus prudente, se présentant comme une évolution de la télévision traditionnelle, historiquement peu inquiétée sur la question de l’addiction.
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Un nouvel « essai » judiciaire est d’ores et déjà prévu à Los Angeles à partir de juillet, tandis qu’une procédure fédérale regroupant des centaines de plaintes similaires est en cours d’examen.
À mesure que ces dossiers s’accumulent, une question s’impose : les réseaux sociaux peuvent-ils encore se présenter comme de simples outils de communication, ou devront-ils désormais assumer une responsabilité directe dans leurs effets sur la santé mentale des utilisateurs, en particulier les plus jeunes ?

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