Selon une étude menée sur 3 commentaires Facebook et 2 vidéos TikTok, 100% des femmes ne comprennent pas le hors-jeu. La science est formelle 🙂 . Une chronique sur ces examens d’entrée qu’on continue de faire passer aux femmes avant de les autoriser à aimer le football.
Selon une étude menée par mes soins sur un échantillon extrêmement représentatif de 3 commentaires Facebook et 2 vidéos TikTok, 100% des femmes ne comprennent pas le hors-jeu.
L’étude conclut également qu’Amrabat et Mazraoui sont impossibles à distinguer parce qu’ils sont chauves, que Cristiano Ronaldo devrait logiquement jouer avec l’Arabie saoudite, et que les femmes regardent le football uniquement quand l’équipe nationale joue.
La communauté scientifique ne s’est pas encore remise d’un tel niveau de rigueur.
Voila, il y a des passions qui commencent par un interrogatoire.
Quand un homme dit qu’il aime le football, la conversation continue.
Quand une femme dit qu’elle aime le football, elle commence.
– Explique le hors-jeu.
– C’est quoi ton club ?
– Tu regardes vraiment les matchs ?
Le mot important n’est pas football.
C’est vraiment.
Parce qu’on ne cherche pas à savoir si elle aime ce sport. On cherche à vérifier si elle est légitime pour en parler. Si elle regarde pour le jeu, ou seulement pour l’ambiance, pour la beauté de Neymar, pour accompagner quelqu’un. Comme si une passion féminine devait encore justifier ses motivations.
Le football est encore un endroits où l’on distribue spontanément des examens d’entrée aux femmes.
Et ce qui est fascinant, c’est que les examinateurs ne sont pas toujours brillants.
J’ai entendu des hommes confondre un six mètres avec un corner. Soutenir avec aplomb des contre-vérités pendant tout un match. S’étonner qu’un joueur suspendu lors d’un precedent match ne puisse pas jouer.
Je n’en ai jamais déduit que les hommes ne comprenaient rien au football.
Donc :
Un homme qui se trompe est un homme.
Une femme qui se trompe devient une catégorie sociologique.
Parce que l’homme est présumé compétent. Il naît, paraît-il, avec un 4-4-2 quelque part dans l’ADN.
J’ai compris jusqu’où allait cette présomption un soir de CAN.
Ma sœur et moi étions debout depuis le coup d’envoi. Le Maroc obtient un penalty. Rahimi s’avance. Le genre d’instant où même le rythme cardiaque décide de participer au match.
Et là, des hommes derrière nous : « Asseyez-vous s’il vous plaît, on ne voit rien. »
Pendant un penalty.
Rahimi l’a raté, au passage. Et puis, nous nous sommes rassises.
Et personne le lendemain n’a expliqué sur les réseaux que les hommes ne comprenaient décidément rien au football.
Étrangement.
« Mais en fait… tu regardes vraiment le foot ! »
La phrase se veut flatteuse. Elle ne l’est pas.
On ne félicite jamais quelqu’un pour quelque chose qu’on considère normal. On ne dit pas à un homme : « Ah, mais en fait tu regardes vraiment les matchs. » On lui demande simplement ce qu’il a pensé du match ou d’un joueur.
Et puis il y a ces vidéos qui tournent en boucle. Celles où des femmes jouent la caricature de la supportrice qui ne comprend rien. Franchement ? Certaines sont drôles. Vraiment. Quand c’est bien fait, je ris.
Le problème n’est pas là.
Le problème, c’est que c’est la seule voix qu’on entend. La seule image qui circule. Et qu’elle finit par occuper toute la place.
Pendant ce temps-là, il y a des femmes qui regardent un Mali-Tunisie un soir sous la pluie, simplement parce qu’il y a un Mali-Tunisie. Pas parce que le Maroc joue. Pas parce qu’un joueur est beau. Des femmes qui vivent un match avec les mains moites, qui changent de place parce qu’elles sont persuadées que ça porte chance, qui passent cent-vingt minute à dire « lâche ton ballon » à un joueur qui ne les entendra jamais.
Elles existent.
Simplement, elles sont moins virales que trois commentaires Facebook et deux vidéos TikTok.
Cette nuit, le Maroc joue.
À deux heures du matin, des millions de Marocains retiendront leur souffle devant le même ballon. Dans les cafés, les salons, les voitures garées devant les écrans géants.
Beaucoup de monde. Pas forcément les mêmes proportions partout. Pas forcément les mêmes conditions d’accès à ce moment-là pour tout le monde.
Mais le même ballon. La même angoisse. Le même espoir.
Et j’espère qu’un jour, pour parler de ce match, le mot « supporter » suffira.
Sans examen préalable.
Sources très scientifiques de mon étude 🙂
www.tiktok.com
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