Pendant longtemps, l’idée a semblé aller de soi : pour perdre du poids, il suffit de bouger davantage. Faire du sport, brûler des calories, créer un déficit énergétique. Pourtant, dans la réalité, beaucoup constatent un écart entre leurs efforts physiques et les résultats espérés sur la balance. Une étude récente apporte un éclairage scientifique à ce paradoxe et invite à revoir une croyance profondément ancrée.
Efficacité surestimée
L’activité physique est bénéfique pour la santé cardiovasculaire, métabolique et mentale. Mais lorsqu’il s’agit de perte de poids, son efficacité est souvent surestimée. Cette contradiction apparente s’explique en partie par la manière dont le corps humain gère sa dépense énergétique globale.
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Pendant des décennies, les recommandations se sont appuyées sur ce que les scientifiques appellent le « modèle additif » de la dépense énergétique. Selon ce modèle, l’énergie consommée chaque jour correspondrait à la somme de l’énergie nécessaire au fonctionnement vital de l’organisme — respiration, digestion, activité cérébrale, réparation cellulaire — et de l’énergie dépensée lors de l’activité physique. Dans cette logique, toute séance de sport augmenterait mécaniquement la dépense totale quotidienne, favorisant ainsi la perte de poids.
Marge limitée d’énergie à dépenser chaque jour
Or, cette vision est aujourd’hui remise en question. Une étude publiée en 2026 dans la revue Current Biology par les chercheurs Herman Pontzer et Eric T. Trexler, de l’université Duke, suggère que le corps ne fonctionne pas comme une simple calculatrice. Les auteurs s’inscrivent dans ce que l’on appelle le « modèle contraint » de la dépense énergétique, selon lequel l’organisme dispose d’une marge limitée d’énergie à dépenser chaque jour.
Lorsque l’activité physique augmente, le corps tendrait à compenser en réduisant l’énergie consacrée à d’autres fonctions internes. Certaines tâches biologiques — comme des processus de réparation ou de régulation — seraient temporairement mises en veille afin de maintenir la dépense énergétique totale dans une fourchette relativement stable. Autrement dit, une partie des calories brûlées pendant l’exercice serait indirectement « récupérée » ailleurs.
Données de 14 études
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont analysé les données de quatorze études regroupant environ 450 participants engagés dans des programmes d’exercice, ainsi que plusieurs études animales. En comparant la dépense énergétique théorique à celle mesurée, ils ont constaté que le modèle additif surestimait fréquemment l’impact réel du sport sur la dépense quotidienne totale.
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En moyenne, environ 72 % des calories brûlées lors de l’exercice s’ajoutent effectivement à la dépense énergétique quotidienne. Le reste — près de 28 % — serait compensé par une diminution d’autres dépenses internes. Cette proportion varie fortement selon les individus, mais elle est suffisamment significative pour expliquer pourquoi l’exercice seul conduit souvent à une perte de poids plus modeste qu’attendu.
Mieux comprendre les frustrations
Dans leur article, les auteurs résument ainsi leurs conclusions : les humains, comme de nombreux animaux, réagissent à une augmentation de l’activité physique en ajustant d’autres fonctions énergétiques, ce qui soutient l’idée d’une dépense énergétique globalement contrainte (Pontzer & Trexler, Current Biology, 2026).
Ces résultats permettent de mieux comprendre une expérience courante : celle de personnes physiquement actives, parfois très sportives, qui peinent néanmoins à perdre du poids. Ils rappellent également pourquoi les stratégies centrées exclusivement sur l’exercice peuvent générer frustration et découragement.
Le sport reste utile
Pour autant, cette étude ne remet pas en cause l’utilité du sport. L’activité physique reste un pilier essentiel de la santé, contribuant à la prévention des maladies cardiovasculaires, à l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, au maintien de la masse musculaire et à la régulation du stress. Mais elle confirme que, pour la perte de poids, l’alimentation joue un rôle déterminant, souvent plus direct que l’exercice seul.
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La perte de poids durable repose sur une approche globale : alimentation adaptée, activité physique régulière, sommeil de qualité et gestion du stress. Le sport ne doit pas être envisagé comme un simple outil de « brûlage calorique », mais comme un soutien à l’équilibre métabolique et au bien-être général.
En remettant en question une équation trop simpliste, cette étude invite à plus de réalisme. Le corps humain n’additionne pas mécaniquement les efforts ; il s’adapte, il régule, il protège ses équilibres internes. Comprendre ces mécanismes permet d’adopter une relation plus apaisée avec l’activité physique — non pas comme une obligation punitive, mais comme un levier de santé à long terme.
Source
Paul Arnold, Why working out may not help you lose weight, Medical Xpress.
Étude scientifique : Herman Pontzer, Eric T. Trexler, Current Biology (2026).
DOI : 10.1016/j.cub.2026.01.025
https://doi.org/10.1016/j.cub.2026.01.025
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