Nutrition

Partager un repas rend plus heureux, et l’effet serait encore plus fort en hiver

Et si l’un des meilleurs “aliments” pour traverser l’hiver n’était pas dans l’assiette, mais autour de la table ? Une analyse du World Happiness Report 2025 montre que le fait de manger avec d’autres est fortement associé à plus de bien-être, et que manger seul progresse nettement dans certains pays.

Pendant longtemps, la nutrition a été pensée comme une addition de nutriments: protéines, fibres, vitamines, calories. Mais la science s’intéresse de plus en plus à une dimension longtemps reléguée au rang de “détail culturel”: le contexte social des repas. Dans le World Happiness Report 2025, les chercheurs se penchent sur un indicateur simple, presque banal, mais étonnamment puissant: le nombre de déjeuners et dîners partagés avec quelqu’un que l’on connaît sur une semaine.


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Leur force, c’est que cette mesure est plus “objective” que beaucoup d’indicateurs sociaux (sentiment d’appartenance, perception de soutien, etc.) et donc plus comparable entre pays et cultures. Résultat: grâce à des données Gallup recueillies en 2022 et 2023 dans 142 pays et territoires (plus de 150 000 personnes), ils observent des écarts saisissants: dans certains pays, on partage presque tous ses repas ; dans d’autres, on mange majoritairement seul. Et ces différences ne s’expliquent pas entièrement par le revenu, l’éducation ou l’emploi.

Un “facteur protecteur” du quotidien, au même niveau que des marqueurs sociaux majeurs

L’enseignement le plus marquant est statistique… mais il raconte une histoire très humaine. Dans l’ensemble des pays analysés, partager davantage de repas est associé à une meilleure satisfaction de vie, plus d’émotions positives et moins d’émotions négatives. Les auteurs décrivent même le partage des repas comme un indicateur de bien-être “du même ordre” que le revenu et le chômage.

À l’échelle des pays, partager un repas de plus par semaine est associé à une hausse moyenne d’environ 0,2 point sur l’échelle de satisfaction de vie (0–10). Dit autrement: sur les classements de bonheur, cet écart correspond à quelque chose de concret, pas à une variation “symbolique”.


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Au niveau individuel, l’effet le plus net se joue très tôt: le saut principal apparaît entre “aucun repas partagé” et “au moins un”. Les personnes ayant partagé ne serait-ce qu’un repas dans la semaine déclarent une satisfaction de vie sensiblement plus élevée que celles ayant mangé seules toute la semaine.

Pourquoi c’est un important (surtout en hiver)

Sur le papier, l’étude parle de bonheur. En réalité, elle touche à une mécanique centrale de l’alimentation: le repas est un moment de régulation.

En hiver, les journées se contractent, la fatigue augmente, et l’isolement peut s’installer plus facilement. Dans ce contexte, le repas partagé joue souvent trois rôles discrets mais importants: il structure la journée, il crée une pause réelle (et pas seulement une “prise alimentaire”), et il offre une forme de soutien émotionnel ordinaire — celui qui empêche une spirale de grignotage, de repas sautés, ou de dîners expédiés devant un écran.

Les données du rapport vont dans le même sens: plus les repas sont partagés, plus les gens déclarent apprécier leurs moments de cuisine et de repas. Autrement dit, la convivialité ne “décore” pas l’alimentation: elle peut en être l’un des moteurs.

L’astuce la plus simple de l’hiver: “1 repas partagé minimum”

Si l’hiver vous isole, visez un objectif réaliste: un seul repas partagé dans la semaine (un déjeuner avec un collègue, un dîner chez un proche, un petit-déjeuner du week-end). Dans les données du World Happiness Report, le plus grand “écart” de satisfaction apparaît justement entre ceux qui mangent tout le temps seuls et ceux qui partagent au moins une fois.

Le signal d’alerte: manger seul progresse fortement, surtout chez les jeunes

Les auteurs zooment ensuite sur les États-Unis avec une base robuste : l’American Time Use Survey (2003–2023). Et la courbe est nette : en 2023, environ 26% des adultes déclarent avoir mangé tous leurs repas seuls la veille, soit une hausse d’environ 53% par rapport à 2003.

Plus frappant encore: l’augmentation touche tous les âges, mais explose chez les moins de 35 ans. Le rapport souligne que les explications “toutes faites” (smartphones, pandémie) ne collent pas parfaitement au calendrier observé: la hausse est antérieure à la crise Covid et continue après.


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Et quand l’étude compare bien-être et repas en solo, l’écart est massif: les Américains qui dînent seuls rapportent en moyenne une satisfaction de vie inférieure et davantage d’émotions négatives que ceux qui partagent au moins un repas.

Au Maroc, une culture du repas partagé… qui peut devenir un atout de santé publique

Le rapport ne se contente pas de classer. Il note que certains pays — notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord — remontent dans le classement lorsqu’on sépare déjeuners et dîners, et cite explicitement le Maroc comme un pays qui se rapproche du haut du tableau pour les déjeuners partagés.

C’est une information précieuse pour une lecture “nutrition”: dans une période où l’on parle beaucoup d’alimentation saine au niveau individuel, le partage des repas peut devenir un levier collectif. Les auteurs restent prudents sur la causalité (partager rend-il plus heureux, ou l’inverse ?), mais insistent sur le potentiel d’action publique, car organiser un repas partagé est souvent simple, accessible et peu coûteux — surtout comparé à d’autres politiques de santé.

Le détail qui change tout: le repas sans téléphone

Le rapport rappelle qu’une expérience contrôlée a déjà observé un lien entre repas partagés et émotions positives… mais que cet effet s’affaiblit quand l’usage du smartphone augmente pendant le repas. Traduction concrète : si vous partagez, partagez vraiment — même 20 minutes, sans écran.

La nutrition n’est pas seulement une affaire d’ingrédients, mais aussi de rythmes et de liens. Et sur ce point, le World Happiness Report 2025 met en avant un message étonnamment pragmatique: manger avec d’autres est associé à un mieux-être comparable à des facteurs socio-économiques majeurs. Dans une saison où l’on cherche chaleur, énergie et équilibre mental, la table redevient ce qu’elle a toujours été: un lieu de santé.


Cet article s’appuie sur une sélection d’études scientifiques publiées dans des revues internationales évaluées par des pairs.

Sources scientifiques

  • De Neve J-E., Dugan A., Kaats M., Prati A. “Sharing meals with others: How sharing meals supports happiness and social connections”, World Happiness Report 2025, Chapitre 3 (PDF). files.worldhappiness.report

  • DOI (chapitre): 10.18724/whr-g119-bv60. ora.ox.ac.uk

  • Lecture complémentaire (synthèse grand public): Harvard Gazette, 2025. Harvard Gazette

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Lina Daoud

About Author

Lina Daoud est journaliste lifestyle pour MieuxVivre.ma, spécialisée en nutrition et sport. Elle décrypte les études, tendances bien-être et conseils pratiques pour aider chacun à adopter un mode de vie plus sain, équilibré et durable. Son approche mêle rigueur journalistique, pédagogie et inspiration au quotidien.

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