Longtemps cantonnées au registre des traditions ou du folklore, les médecines traditionnelles font aujourd’hui un retour inattendu dans le débat scientifique mondial. Selon l’Organisation mondiale de la santé, entre 40 et 90 % de la population mondiale y a recours. Mais au-delà des plantes et des remèdes, ces pratiques posent une question plus profonde : peuvent-elles renforcer notre santé mentale en réconciliant soin, mode de vie et sens?
Dans les forêts du nord du Viet Nam, des membres de la minorité Dao continuent de cueillir des plantes médicinales comme leurs ancêtres. À des milliers de kilomètres de là, dans les bureaux feutrés de l’OMS, chercheurs et décideurs débattent désormais d’un même sujet: comment intégrer les médecines traditionnelles dans les systèmes de santé modernes, sans renoncer à l’exigence scientifique.
Lire aussi: Impulsif(ve)? Ce que la science révèle vraiment sur votre cerveau
Cette question est au cœur d’un entretien publié en décembre 2025 par UN News, avec Rabinarayan Acharya, directeur général du Central Council for Research in Ayurvedic Sciences (CCRAS) en Inde, institution partenaire de l’OMS dans le développement de la recherche sur les médecines traditionnelles.
Une approche globale du bien-être, pas seulement un traitement
Pour Rabinarayan Acharya, l’un des malentendus majeurs autour de l’Ayurveda — et plus largement des médecines traditionnelles — est de les réduire à des traitements alternatifs. «L’Ayurveda est à la fois un mode de vie et un système médical, mais son ambition dépasse ces deux catégories», explique-t-il.
Au cœur de cette approche se trouve une idée clé: préserver l’équilibre avant de soigner le déséquilibre. Alimentation, rythmes de vie, activité physique, gestion du stress, mais aussi comportement éthique et relation à l’environnement sont considérés comme indissociables de la santé.
Lire aussi: 6 découvertes scientifiques qui vont transformer notre santé en 2026
Cette vision rejoint de plus en plus les préoccupations contemporaines en psychologie: prévention de l’épuisement, réduction du stress chronique, gestion des troubles anxieux liés aux modes de vie modernes.
Un paradoxe mondial: usage massif, recherche minimale
Selon l’OMS, alors que la majorité des pays reconnaissent l’usage courant des médecines traditionnelles par leurs populations, moins de 1 % des financements mondiaux en recherche en santé leur sont consacrés. Un déséquilibre que Rabinarayan Acharya attribue non pas à un manque d’intérêt, mais à une difficulté méthodologique.
Les médecines traditionnelles reposent souvent sur des approches individualisées et des interventions “globales”, difficiles à faire entrer dans les cadres classiques de la recherche biomédicale, conçus pour tester des molécules isolées sur des symptômes précis.
Pourtant, face à l’explosion des maladies chroniques, des troubles anxieux et dépressifs, et du stress lié aux modes de vie contemporains, ces approches holistiques retrouvent une pertinence inattendue.
Santé mentale: quand la science rejoint la tradition
L’un des exemples cités dans l’entretien illustre bien ce tournant. La plante Withania somnifera, plus connue sous le nom d’ashwagandha, utilisée depuis des siècles en Ayurveda comme “adaptogène”, fait aujourd’hui l’objet d’études scientifiques.
Lire aussi: Stress, fatigue, sommeil: pourquoi tout le monde parle de l’ashwagandha?
Les résultats suggèrent qu’elle pourrait contribuer à réduire les symptômes de l’anxiété et de la dépression, tout en étant globalement bien tolérée. Sans être présentée comme une solution miracle, elle ouvre la voie à une approche complémentaire, intégrée, de la santé mentale.
Cette évolution reflète un changement de regard plus large: le soin psychique ne passe pas uniquement par la suppression des symptômes, mais aussi par la restauration d’un équilibre global entre corps, esprit et environnement.
Intégrer sans opposer
L’OMS insiste sur un point essentiel dans sa stratégie mondiale 2025-2034: intégrer les médecines traditionnelles ne signifie pas remplacer la médecine conventionnelle. Il s’agit plutôt de les articuler, lorsque leur sécurité et leur efficacité sont démontrées, avec les objectifs de santé publique.
Rabinarayan Acharya se dit « prudemment optimiste ». Dans un contexte de vieillissement des populations, de pression sur les systèmes de santé et de pénurie de soignants, les médecines traditionnelles pourraient offrir des outils complémentaires, notamment en prévention et en accompagnement des troubles chroniques et psychiques.
Une leçon pour nos sociétés modernes
Au-delà des plantes et des protocoles, cette reconnaissance progressive interroge notre rapport à la santé mentale. Les médecines traditionnelles rappellent que le bien-être ne se résume pas à l’absence de maladie, mais à une manière de vivre, de se nourrir, de se reposer et de donner du sens à ses habitudes quotidiennes.
Comme le souligne l’OMS, réhabiliter ces savoirs — sans les idéaliser ni les opposer à la science — pourrait contribuer à une vision plus humaine, plus durable et plus préventive de la santé mentale.
Sources
– UN News, Can traditional medicine strengthen modern healthcare? An expert weighs in, 18 décembre 2025
https://news.un.org/en/story/2025/12/1159607
– Organisation mondiale de la santé (OMS), Global Traditional Medicine Strategy 2025–2034
https://www.who.int/publications/i/item/WHO-HIS-SDS-2025.1
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.













