Rick Hanson
Le regard de Leila Zizi

Le regard de Leila Zizi. Je n’aime pas le 8 mars

Le 8 mars n’est pas une fête, c’est un aveu. Entre bouquets de fleurs obligatoires et discours officiels, nous passons pourtant le reste de l’année à fournir les sous-titres de notre propre existence. Une chronique sur la fatigue d’expliquer l’évident et sur ce luxe que nous n’avons pas encore : celui d’être simplement, banalement, normales.

Pas parce que je refuse les fleurs, elles sont toujours une bonne idée, mais parce que cette journée ressemble à un aveu. On ne consacre pas un jour entier à ce qui va de soi. Si le calendrier a encore besoin de nous réserver une case, c’est que le reste de l’année, la question reste ouverte.

Et pourtant, cette journée existe pour une raison. Elle sert encore à éclairer ce qui grince. À rappeler que certaines évidences ne le sont pas encore pour tout le monde.


Lire aussi: Le regard de Leila Zizi. Le décor du « Ça va » et la norme du sourire


Alors les discours arrivent. Les hommages aussi. On nous félicite d’être courageuses, brillantes, libres. Toujours avec ce sous-titre discret : pour une femme. Comme si notre existence relevait d’une performance permanente, un exploit réalisé malgré un handicap de départ.

Mais nous ne voulons pas être exceptionnelles.
Nous voulons être normales.

Le vrai luxe ne serait pas d’être célébrées un jour par an. Le vrai luxe serait de ne plus avoir à expliquer.

Expliquer pourquoi ce commentaire n’est pas un compliment.
Pourquoi une peur est réelle dans une rue vide à 22 heures.
Pourquoi une loi sur l’héritage ne correspond plus toujours aux vies que nous menons.

Nous passons une partie de nos vies à fournir les sous-titres de notre propre existence.

Ce n’est pas de la victimisation, c’est une logistique. Une stratégie de déploiement où l’on apprend à traduire nos droits les plus simples, marcher, travailler, décider, en faveurs que l’on finit par négocier avec le sourire.

Nous vivons, nous avançons, nous créons. Mais souvent avec cette charge supplémentaire : expliquer, rassurer, arrondir les angles pour que notre liberté ne paraisse pas trop abrupte.


Lire aussi: Le regard de Leila Zizi. Ramadan, Casablanca, 18h15


Alors demain, les fleurs seront là. Et c’est très bien.

Mais ne comptez pas sur moi pour applaudir les discours.

Le jour où le 8 mars disparaîtra, ce sera sans doute une bonne nouvelle. Ce sera le jour où il deviendra un dimanche comme les autres. Un jour sans fleurs obligatoires, sans tweets ministériels et sans émissions spéciales.

Le jour où l’on pourra être médiocres, fatiguées ou simplement moyennes sans que cela ressemble à une trahison pour “la cause”.

En attendant, le 8 mars reste là.
Comme une lampe que l’on allume une fois par an pour regarder ce qui, dans la pièce, n’a toujours pas été réparé.

Et puis viendra le 9 mars.

Le moment de ranger le décor et de retourner à ce que font les femmes, partout, tous les jours : vivre, travailler, négocier, avancer. Sans projecteurs. Sans discours.

Juste continuer.

Vous méritez mieux que des conseils TikTok

Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.

Mieux Vivre

About Author

Dans un monde en perpétuel mouvement, mieuxvivre.ma est un média fiable et engagé qui décrypte l’actualité santé et société pour vous aider à mieux comprendre, mieux choisir et mieux vivre.

Études récentes, conseils d’experts et éclairages utiles pour cultiver un équilibre durable au quotidien.