« Ça va ? »
« Ça va. »
L’échange dure trois secondes. Il clôt tout.
Nous répondons presque tous par réflexe. La question n’attend pas un état des lieux. Elle vérifie simplement que rien ne déborde.
Aller bien est devenu la norme minimale. Pas spectaculaire. Juste requis.
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Dans les conversations, au travail, sur les réseaux, la stabilité émotionnelle est valorisée comme une compétence. On admire celles et ceux qui “gèrent”. Qui transforment chaque difficulté en opportunité. Qui racontent leurs épreuves une fois qu’elles ont été digérées.
La version en cours, elle, reste hors champ.
On ne partage la rupture qu’une fois consolidée.
On ne montre la fatigue que lorsqu’elle est dépassée.
On ne parle du doute que lorsqu’il a servi.
La vulnérabilité doit être productive.
Peu à peu, cela crée une norme silencieuse. Il faut positiver. Trouver le sens. Identifier le “cadeau”.
Même quand il n’y en a pas.
À force, ne pas aller bien devient suspect. On se surprend à s’excuser quand on n’est pas lumineuse. À justifier une baisse d’énergie. À arrondir une colère.
Comme si l’humeur devait rester constante pour ne pas dérégler l’espace.
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Pourtant, la fatigue, la colère ou le doute ne sont pas des erreurs de parcours. L’ennui non plus. Ce sont des états ordinaires. Mais on a fini par croire que chaque instant devait être exceptionnel, intense ou productif pour mériter d’être vécu.
La tristesse est tolérée si elle prépare un rebond. L’échec s’il promet une leçon. Le reste met mal à l’aise.
On confond espoir et déni. Résilience et performance.
Et dans cet effort permanent pour ne pas peser, quelque chose se resserre. On devient plus présentable. Plus maîtrisée. Un peu moins entière.
Dire “ça ne va pas” ne devrait pas être un acte courageux.
Et pourtant.
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