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Pourquoi le « doomscrolling » vous rend mentalement malade, selon une psychologue

Lire les mauvaises nouvelles en boucle, parfois dès le réveil et jusqu’à l’endormissement, est devenu un réflexe quotidien pour des millions de personnes. Ce geste apparemment banal porte désormais un nom : le doomscrolling. Et ses effets sur la santé mentale sont loin d’être anodins.

Derrière l’impression de “s’informer” se cache un mécanisme bien plus profond : une exposition répétée à des contenus anxiogènes qui maintient le cerveau dans un état d’alerte permanent. Stress chronique, fatigue émotionnelle, troubles du sommeil… la science commence à mesurer les dégâts.

Un cerveau qui ne fait plus la différence entre l’écran et la réalité

« Quand nous sommes exposés en continu à des images de guerre, de catastrophes ou de chaos politique, notre système nerveux ne fait pas que regarder. Il vit l’événement comme s’il était réel », explique la psychologue clinicienne Shahrzad Jalali, dans une interview publiée dans le média américain The Street.


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Résultat : le corps entre en mode survie. Le rythme cardiaque s’accélère, les hormones du stress augmentent, la vigilance ne redescend plus. À force, cet état d’hyperactivation devient la norme. « Cela conduit à une fatigue chronique, une forme d’engourdissement émotionnel, des troubles du sommeil et un épuisement profond », souligne-t-elle.

Une boucle dopaminergique difficile à briser

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le doomscrolling n’est pas motivé par le plaisir, mais par la chimie du cerveau. Chaque nouvelle alerte, chaque titre anxiogène déclenche une petite libération de dopamine — le neurotransmetteur de l’anticipation.

« Le cerveau fonctionne alors comme face à une substance addictive », explique Shahrzad Jalali. On se dit “encore un article, encore une information”, en espérant inconsciemment un soulagement. Mais ce soulagement n’arrive jamais : le contenu suivant est souvent plus alarmant que le précédent. La boucle se referme.

Des études en neurosciences confirment ce mécanisme : l’exposition répétée à des informations négatives renforce l’anxiété et altère les capacités d’autorégulation émotionnelle, en particulier chez les personnes déjà vulnérables au stress ou ayant vécu des traumatismes.

Anxiété, dépression, troubles du sommeil: un impact global

Les conséquences ne sont pas uniquement psychologiques. Le doomscrolling agit aussi sur le corps. Les chercheurs observent une augmentation des troubles du sommeil, une baisse de la concentration et une irritabilité accrue chez les personnes exposées de manière excessive aux flux d’actualité anxiogènes.


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« On ne porte plus seulement ses propres émotions, mais aussi celles du monde entier », résume la psychologue. Cette surcharge émotionnelle favorise ce que les spécialistes appellent la fatigue compassionnelle : une forme d’épuisement liée à l’exposition continue à la souffrance d’autrui.

Les femmes et les personnes ayant un passé traumatique semblent particulièrement exposées, leur système nerveux étant souvent plus réactif aux signaux de menace.

Quand la désinformation aggrave le malaise

À cette saturation émotionnelle s’ajoute un autre facteur : la désinformation. « Être exposé en permanence à des contenus inexacts ou partiels crée une tension de fond, même lorsqu’il ne se passe rien », note Shahrzad Jalali. Le cerveau reste sur le qui-vive, incapable de se détendre.

Le fait de consulter les réseaux sociaux dès le réveil et juste avant de dormir accentue encore ce phénomène, coupant progressivement l’individu de toute sensation de calme, de joie ou de connexion réelle.

Se protéger sans se couper du monde

La solution n’est pas de fuir l’information, mais de la contenir. Limiter ses sources à un ou deux médias fiables, réduire le temps d’exposition à quelques minutes par jour, et surtout contrebalancer chaque moment d’actualité par une phase de régulation : marche, musique, respiration, contact humain.


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« Apprendre à comprendre et réguler son système nerveux est devenu une compétence essentielle à l’ère numérique », insiste la psychologue. Une forme d’hygiène mentale aussi fondamentale que le sommeil ou l’alimentation.

À défaut de maîtriser le flux du monde, il reste possible d’apprendre à ne pas le laisser envahir entièrement son esprit.

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