Premières règles, premiers silences. Au Maroc comme ailleurs, la ménarche reste un moment vécu plus qu’accompagné. Entre tabous, maladresses et héritages de pudeur, des générations de jeunes filles traversent cette étape fondatrice sans repères ni mots justes. Pourtant, apprendre à en parler, c’est déjà apprendre à se comprendre — et à transmettre autrement.
Pour certaines, c’est une fête. Pour d’autres, un choc. Pour toutes, c’est un passage.
Les premières règles ne sont pas qu’un événement biologique : c’est un moment fondateur, intime, souvent déroutant, parfois mal accompagné.
Et si, collectivement, on apprenait à mieux en parler ?
« C’était marron, je croyais que je m’étais fait dessus. »
« On m’a dit que maintenant je pouvais tomber enceinte. J’ai eu peur de toucher un garçon. »
« Chez moi, on a fait un gâteau et on m’a offert un caftan vert. »
« Moi, j’ai pleuré toute la nuit sans savoir pourquoi. »
Chaque récit est différent, mais tous racontent, en creux, le même apprentissage : celui d’un corps qui change dans un monde qui ne sait pas toujours en parler.
Dans beaucoup de foyers, on évite le sujet. Par pudeur, par gêne, parfois simplement parce qu’on ne sait pas comment en parler.
Résultat : des générations de jeunes filles traversent ce moment seules, sans explication, sans repère.
Pourtant, la première menstruation — la ménarche — n’est pas un simple détail biologique.
C’est un repère psychologique, émotionnel et social.
Une étape où le corps se transforme, où l’identité se cherche, où la relation au monde commence à changer.
En moyenne, les jeunes filles marocaines ont leurs premières règles vers 12,5 ans (source : OMS, 2023).
Pourtant, selon une étude de l’UNICEF menée en Afrique du Nord, plus de 60 % des adolescentes n’étaient pas préparées au moment de leur première menstruation.
Pendant longtemps, la parole autour des règles s’est transmise à voix basse.
Souvent entre femmes, parfois trop tard, presque toujours entourée de silence.
Non pas par désintérêt, mais par héritage : on reproduit ce qu’on a connu, on dit peu parce qu’on nous a peu dit.
Dans cette économie de mots, beaucoup de mères ont voulu protéger — de la gêne, du regard des autres, de la honte.
Elles ont cru bien faire en taisant, ou en minimisant.
Et c’est ainsi que, de génération en génération, la pudeur est devenue un langage à part entière.
Les médias et l’école, eux aussi, ont longtemps tenu le sujet à distance :
pubs au liquide bleu, manuels sobres jusqu’à l’effacement, conversations vite détournées.
Ce n’était pas un refus d’en parler, mais une manière de rester dans le cadre, d’éviter le malaise.
Aujourd’hui, les choses bougent lentement.
Les réseaux sociaux, les nouvelles générations de parents et d’enseignants ouvrent des espaces de parole plus libres pour nommer, raconter,
Parce que parler des règles, c’est avant tout parler de corps, d’humanité, et de transmission — pas d’instruction
Expliquer ce qui se passe, mais aussi ce que cela provoque : les douleurs, les peurs, les fiertés, les questions.
Dire que non, ce n’est pas sale.
Que non, ce n’est pas une punition.
Et que oui, c’est normal de ne pas comprendre tout de suite.
Vous méritez mieux que des conseils TikTok
Trois fois par semaine, recevez des contenus fiables, sourcés et utiles pour comprendre votre santé, votre corps et votre époque.








