Chaque semaine, Leila Zizi décortique notre société avec finesse et sensibilité. Une chronique engagée, humaine et profondément ancrée dans le Maroc d’aujourd’hui.
L’année, voyez-vous, ne se termine jamais le 31 décembre. Elle s’étire, collante et brouillonne, jusqu’à ce que le calendrier nous force enfin à décréter que nous avons compris la leçon. Nous sommes pris dans la mécanique des « Nouvelles Années, » un calendrier qui crée des illusions, nous sommant de recommencer à neuf, d’être meilleur, plus productif, plus quelque chose.
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On se répète : « Cette année, je serai… » « Cette fois, je vais… » « À partir de maintenant, je dois… » Comme si le simple fait de tourner la page avait le pouvoir de régler l’intérieur des gens. On cherche à construire une cathédrale d’ambition sur le sol d’une vie qui ressemble parfois à une pièce trop étroite, où il est déjà difficile de circuler sans se cogner contre le cadre de la porte.
Il suffit d’un événement, un choc, une phrase, une nouvelle, un retournement, … pour que les résolutions n’aient plus aucune valeur quand la vie décide à notre place.
Pourtant, il y a les résolutions qu’on choisit, et celles qu’on subit. Celles qu’on écrit le 31 décembre, et celles qui s’imposent un jeudi banal, à 14h32, sans prévenir. Celles qui promettent une version améliorée de nous-mêmes, et celles qui nous rappellent que rester debout, certaines années, c’est déjà une prouesse.
Il suffit d’un événement, un choc, une phrase, une nouvelle, un retournement, … pour que les résolutions n’aient plus aucune valeur quand la vie décide à notre place. Les priorités changent brutalement, et l’ambition de devenir bilingue s’effondre, supplantée par le seul désir d’avancer quand rien ne ressemble à ce qu’on avait prévu.
Nos vrais accomplissements sont parfois ailleurs.
Ils sont l’expérience vécue, la texture même de la survie, ces petites choses qui ne s’affichent nulle part.
Ce tee-shirt, volé à cet ex-compagnon, après une soirée à Marrakech. Le jeter, c’est un adieu fragile, faire le deuil de la nostalgie sans se laisser dévorer par elle.
L’un d’eux, c’est la fois où nous avons réussi à retenir cette phrase assassine, là, juste avant qu’elle ne traverse la frontière de nos lèvres, pour la laisser mourir en silence. Ça, c’est un contrôle de soi qui vaut bien deux mois de méditation. C’est une protection. Une résolution non écrite, mais honorée.
Il y a eu le tri aussi, qui est un autre de ces accomplissements « ratés » qui valent plus que les réussites affichées. Nous avons réussi à jeter un vêtement qu’on a enfin laissé partir. Un geste d’organisation vous avez dit ? Non, loin de là. C’est un acte de bravoure contre cette peur diffuse, ce sentiment d’insécurité qui nous pousse à tout garder, au cas où. Ce tee-shirt, volé à cet ex-compagnon, après une soirée à Marrakech. Le jeter, c’est un adieu fragile, faire le deuil de la nostalgie sans se laisser dévorer par elle.
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Notre force, elle est là aussi : elle est dans le « non » qui est une forme de survie. Comme quand on dit « non » à nos parents pour un repas de famille, parce que nous n’avons pas la force d’endurer la présence de cet oncle lourd qui débite son mi-savoir saccadé. C’est une frontière qu’on a eu le courage de mettre au moins ce jour-là.
Et c’est là que les choses se croisent : ces « non » discrets, ces virages refusés, sont en réalité également des résolutions qui pèsent.
Pour cette fin d’année, ici, pas de “nouvelle version” de soi, pas de transformation spectaculaire. Un hommage, donc.
- Aux résolutions qui se sont transformées en route.
- À celles qui ont perdu leur éclat mais gagné en justesse.
- Aux décisions prises sans solennité, dans un coin de cuisine, au volant, en marchant.
- À tout ce qu’on n’avait pas imaginé, et qui a pourtant façonné l’année.
Parce qu’il existe une élégance particulière dans ces chemins qui ne ressemblent pas à ce qu’on avait prévu, et qui, pourtant, mènent quelque part.
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