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Utiliser l’IA tous les jours pourrait être lié à davantage de symptômes dépressifs

L’intelligence artificielle générative s’est imposée en quelques années dans le quotidien de millions de personnes. Recherche d’informations, aide au travail, conversations personnelles, soutien émotionnel… Des outils comme ChatGPT sont devenus omniprésents. Mais cette adoption rapide soulève une question de plus en plus débattue : quel est l’impact de ces usages sur la santé mentale ?

Une vaste étude américaine, publiée en janvier 2026 dans la revue scientifique JAMA Network Open, apporte aujourd’hui des éléments de réponse. Ses conclusions, prudentes mais troublantes, suggèrent une association entre un usage fréquent de l’IA générative et des symptômes dépressifs plus marqués, en particulier chez les adultes d’âge actif.

Une enquête nationale auprès de plus de 20 000 adultes

Les chercheurs se sont appuyés sur une enquête menée au printemps 2025 auprès de 20 847 adultes vivant dans les 50 États américains. Les participants, âgés de 18 ans et plus, ont été interrogés sur leurs habitudes d’utilisation de l’intelligence artificielle générative — fréquence, type d’usage (personnel, professionnel ou scolaire) — ainsi que sur leur état de santé mentale.


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Les symptômes dépressifs ont été évalués à l’aide du questionnaire clinique PHQ-9, un outil largement utilisé en médecine pour dépister et mesurer la sévérité de la dépression. L’anxiété et l’irritabilité ont également été mesurées à l’aide d’échelles validées.

Premier constat: l’IA fait désormais partie du quotidien. Plus de 10 % des participants déclarent l’utiliser au moins une fois par jour, et plus de 5 % plusieurs fois par jour. Cette utilisation intensive concerne surtout les hommes, les personnes vivant en milieu urbain, celles ayant un niveau d’éducation et de revenus plus élevés, et les adultes âgés de 25 à 64 ans.

Des symptômes dépressifs plus fréquents chez les utilisateurs quotidiens

Les résultats montrent une association claire entre la fréquence d’utilisation de l’IA et l’intensité des symptômes dépressifs. Les personnes utilisant l’IA quotidiennement présentent en moyenne des scores de dépression plus élevés que celles qui ne l’utilisent pas du tout.

Concrètement, les utilisateurs quotidiens ont environ 30 % de risque supplémentaire de présenter une dépression modérée ou sévère par rapport aux non-utilisateurs. Cette association est qualifiée de « modeste » par les chercheurs, mais elle est statistiquement significative et constante, même après prise en compte de nombreux facteurs sociaux et démographiques.

Des tendances similaires sont observées pour l’anxiété et l’irritabilité, suggérant un impact plus large sur l’équilibre émotionnel.

Un effet plus marqué chez les 25–64 ans

L’un des résultats les plus frappants de l’étude concerne l’âge. L’association entre usage de l’IA et symptômes dépressifs est particulièrement marquée chez les adultes âgés de 25 à 44 ans, puis de 45 à 64 ans. Chez ces derniers, le risque de dépression modérée ou sévère est jusqu’à 50 % plus élevé en cas d’utilisation quotidienne.

À l’inverse, aucun lien significatif n’est observé chez les plus jeunes adultes (18–24 ans) ni chez les seniors de plus de 65 ans. Ce contraste interroge : il suggère que l’impact de l’IA pourrait dépendre du contexte de vie, des responsabilités professionnelles ou familiales, ou encore de la manière dont ces outils s’intègrent dans le quotidien.


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Tous les usages de l’IA ne semblent pas équivalents. L’étude montre que c’est l’usage personnel, et non l’usage professionnel ou scolaire, qui est le plus fortement associé aux symptômes dépressifs. Autrement dit, utiliser l’IA pour le travail ou les études ne semble pas poser le même problème que l’utiliser pour des interactions personnelles, des conversations ou du soutien émotionnel.

Ce point est central. Il rejoint des observations antérieures selon lesquelles certaines personnes développent une forme de dépendance à des chatbots, avec un retrait progressif des interactions sociales réelles. À l’inverse, des usages courts, ciblés et fonctionnels pourraient être neutres, voire bénéfiques.

Un phénomène distinct des réseaux sociaux

Les chercheurs ont également voulu vérifier si cette association ne reflétait pas simplement un usage intensif du numérique en général. Or, leurs analyses montrent que l’utilisation de l’IA n’est pas corrélée à celle des réseaux sociaux. Même après avoir pris en compte le temps passé sur les plateformes sociales, le lien entre IA et dépression persiste.

Cela suggère que l’IA générative constitue un objet à part, avec des mécanismes potentiellement différents de ceux des réseaux sociaux traditionnels.

Les auteurs insistent sur un point essentiel : cette étude est observationnelle. Elle ne permet pas d’affirmer que l’IA « cause » la dépression. Il est tout à fait possible que des personnes déjà fragilisées psychologiquement se tournent davantage vers ces outils, ou que d’autres facteurs non mesurés entrent en jeu.

Néanmoins, la taille exceptionnelle de l’échantillon, la cohérence des résultats et leur spécificité par âge et type d’usage justifient, selon les chercheurs, une vigilance accrue. Ils appellent à des études longitudinales et à des essais randomisés qui intègrent systématiquement des indicateurs de santé mentale.

Un enjeu de santé publique émergent

À mesure que l’intelligence artificielle s’impose dans la vie quotidienne, ces résultats soulèvent des questions importantes. Comment encadrer les usages personnels de l’IA ? Comment prévenir une dépendance émotionnelle à des outils conçus pour dialoguer, rassurer ou conseiller ? Et surtout, comment en tirer les bénéfices sans en subir les effets délétères ?


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Pour les auteurs, une chose est claire : les évaluations futures de l’IA ne peuvent plus se limiter à la productivité ou à l’innovation. Elles doivent aussi intégrer le bien-être psychique. À l’image des réseaux sociaux hier, l’IA générative impose aujourd’hui un nouveau défi: apprendre à l’utiliser sans qu’elle ne nous utilise.


Source scientifique

– Perlis R.H. et al., Generative AI Use and Depressive Symptoms Among US Adults, JAMA Network Open, janvier 2026
https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/10.1001/jamanetworkopen.2025.54820

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Benoît Bonifacy

About Author

Benoît Bonifacy est journaliste spécialisé en santé et psychologie pour MieuxVivre.ma. D’origine corse et amoureux du Maroc, il analyse les études scientifiques et décrypte les enjeux émotionnels modernes pour aider les lecteurs à mieux comprendre leur santé mentale.

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