Le regard de Leila Zizi

Le regard de Leila Zizi. Veille de finale

À la veille de la finale, le Maroc s’invente des rituels pour tenir face à l’imprévisible. Entre superstitions domestiques et calculs affectifs, nous cherchons tous un moyen de ne pas tomber de trop haut. 

À quelques heures de la finale, le Maroc est entré dans une forme de piété domestique. Dans l’intimité des salons, on ne prépare pas seulement les drapeaux : on négocie avec le hasard. On mange la même chose que lors du dernier match, on s’assoit exactement au même endroit, on ressort ce maillot fétiche qui n’a plus vu une machine à laver depuis un mois.

Les psychologues appellent ça l’apophénie : ce besoin de fabriquer du sens là où il n’y a que de l’aléatoire. Moi aussi, je la connais. J’ai déplacé un coussin, puis je l’ai remis à sa place, en me disant que ce serait peut-être celui-là, le bon équilibre.

Certains vont plus loin. Ils parient sur l’adversaire. Pas par manque de foi, mais par instinct de survie. Miser contre soi, c’est se fabriquer un filet. Si la joie s’effondre, au moins il restera quelque chose à encaisser. On transforme l’angoisse en transaction. On essaie de ne pas repartir les mains complètement vides.


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Mais il y a une chose que l’on préfère ne pas regarder en face. Dès lundi, quoi qu’il arrive, la lumière va changer.

Depuis des semaines, nos corps vivent sous perfusion d’excitation collective. Les rues vibrent, les conversations débordent, les soirées s’étirent. La dopamine fait son travail : elle nous tient debout, ensemble, suspendus. Et puis, d’un coup, tout s’arrête. Le silence revient. Le quotidien reprend sa place, un peu trop vite, un peu trop sec. Ce n’est pas seulement de la tristesse. C’est une chute de tension intérieure, comme lorsqu’on retire un casque après un concert trop fort.

On le sait. On sait que le lendemain aura un goût fade. Que les klaxons se tairont. Que le cœur demandera encore un peu de bruit alors que la ville sera déjà passée à autre chose. Et pourtant, on continue.


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Audacieusement, on Accepte de ressentir fort, même en connaissant le prix. Parier son calme, son sommeil, son équilibre chimique, pour quelques heures d’intensité partagée. Accepter de se rendre vulnérable, ensemble, plutôt que tiède et seul.

Alors oui, tout ici est irrationnel. Rien n’est garanti. Aucun rituel ne change la trajectoire d’un ballon. Aucun calcul ne protège vraiment du vide. Mais c’est précisément pour ça que ça compte. Parce qu’on choisit d’y croire sans preuve, sans filet, sans promesse écrite.

Demain, nous ne ferons pas que jouer.

Demain, nous allons gagner.

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Leila Zizi

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