Le regard de Leila Zizi

Maroc: Silence, on déprime !

Dans cette chronique, Leila Zizi pose un regard sans fard sur un malaise qui s’installe lentement au Maroc: celui d’une jeunesse fatiguée, en retrait, parfois au bord du décrochage silencieux.

On les voit partout.

Dans les ruelles où ils tuent le temps, des jeunes, debout sur les trottoirs devenus points de ralliement, devant les établissements scolaires, immobiles ou rassemblés sans véritable raison.

Cette façon de rester là, sans but manifeste, dit quelque chose d’autre qu’un simple après-midi qui s’étire. Une lassitude diffuse, un retrait discret, souvent le signe d’un malaise profond qui, chez certains, peut basculer jusqu’à l’idée de disparaître.

La crise de la santé mentale au Maroc ne s’est pas installée brutalement.

Elle s’est dessinée au fil de comportements qui inquiètent les psychologues : sommeil qui se dérègle, irritabilité continue, anxiété qui s’invite au quotidien, perte de motivation, enfermement social, rupture générationnelle…

Ce sont parfois de petites choses qui s’additionnent jusqu’à créer un terrain instable où l’esprit peine à se reposer. Les spécialistes parlent d’un glissement progressif, difficile à repérer, surtout quand les symptômes restent silencieux.

Les associations, elles, ne voient pas des statistiques, mais des visages.

Elles sont au contact direct de jeunes en rupture, en fracture, ou simplement épuisés.

Chez “Sourire de Reda”, l’observation est claire : 23,42 % des jeunes suivis sont identifiés comme étant à risque suicidaire. Une proportion qui ne s’explique ni par un événement unique ni par une génération “fragile”, mais par un contexte où les pressions s’accumulent plus vite que les espaces de soutien.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle que le suicide est aujourd’hui la deuxième cause de mortalité chez les jeunes dans le monde. Cette donnée donne l’échelle d’un phénomène qui dépasse les frontières, mais dont les visages changent selon les pays.

À cela s’ajoute un autre terrain fragile, souvent discret: celui des addictions.

Le Conseil économique, social et environnemental dresse un tableau préoccupant.

L’usage de substances psychoactives touche 4,1 % des jeunes, l’abus et la dépendance aux drogues avoisinent 3 %. 18 500 personnes s’injectent des drogues, et près de six millions de fumeurs, dont un demi-million de mineurs. Des chiffres sans-doute en deça de la réalité.

Dans ce paysage, la parole peine à trouver sa place.

Le malaise se recouvre d’humour, comme on le voit sur les réseaux sociaux. Il se dilue dans une phrase toute faite, se relègue en arrière-plan.
On entend souvent “had chi lli 3ta Lah”, un moyen de tenir debout, de relativiser, d’éviter de regarder la fissure de trop près. Pas une fuite, simplement une stratégie culturelle, pharisienne, fataliste pour continuer à avancer.

Les sociologues décrivent une jeunesse coincée entre plusieurs exigences: réussir vite, être autonome, répondre aux attentes familiales, trouver un futur dans un environnement économique qui se resserre.

Les psychiatres, de leur côté, parlent d’un essoufflement général, pas spectaculaire mais constant. Une fatigue de fond, un brouillard intérieur qui empêche de se projeter.

Parler de santé mentale, ici, c’est regarder cette réalité sans détourner le regard.

Un paysage complexe, où s’entremêlent fatigue, créativité, débrouille, silences et les maigres ressources qui permettent à ces jeunes de survivre.

Un paysage où chaque jeune tente de rester debout, à sa manière, coincé entre élan et essoufflement.

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Leila Zizi

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